La France interdite de Laurent Obertone, chez Ring éditions
Arts et Culture

Aretha Franklin: God save the Queen

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Il y a maintenant 15 jours, une immense tristesse nous a envahi lors de l’annonce du décès d’Aretha Franklin. Revenons encore un peu en arrière, sur sa vie et son rapport à la musique et à la religion.
Son père, pasteur baptiste, se nommait Clarence LaVaughn Franklin. Il était né dans le delta du Mississippi, comme Howlin’ Wolf, B.B. King et Muddy Waters. À quinze ans, il a eu une vision : sur le mur de sa maison, une planche de bois était en flammes, et une voix lui a dit, en référence à une formule de l’Évangile selon Matthieu : « Va et enseigne l’Évangile à toutes les nations. » 
Aretha, elle, assise sur les escaliers de la maison familiale, regardait Nat King Cole jouer du piano. Duke Ellington et Ella Fitzgerald passaient de temps à autre. Martin Luther King dormait chez les Franklin quand il venait à Détroit. Aretha Franklin a commencé sa carrière très jeune, à 14 ans. Guidée par son père, elle donnait dans le chant religieux, avec sa voix surnaturelle qui couvrait cinq octaves (un piano en couvre sept). Smokey Robinson et Diana Ross étaient leurs voisins, mais le père d’Aretha a refusé que sa fille signe chez Motown, qu’il voyait comme une maison de disque peu encline à sortir un album de gospel. 
Son répertoire, elle le choisissait chez d’autres, mais ce que Franklin reprenait, elle le faisait sien. Quand Otis Redding a entendu sa reprise de « Respect », il a dit : « Ce n’est pas une reprise, c’est un vol. C’est sa chanson désormais. » C’était dit sur un ton admiratif. Chanté par Otis Redding, « Respect » était un bon morceau sur les problèmes de couple. Avec Aretha Franklin, il est devenu une sommation politique, un hurlement libérateur qui deviendra la bande-son du mouvement pour les droits civiques.
Mais il y avait quelque chose de paradoxal chez elle. Elle a donné sa voix — et quelle voix ! — aux femmes du monde entier, noires ou pas. Pourtant, toute sa vie, elle a souffert des hommes, qu’elle aimait jeunes et violents, à l’image de Ted White, son premier mari, un ancien voyou qui la frappait. Elle a eu le premier de ses quatre enfants à treize ans et le deuxième à quinze ans. 
Elle a transfiguré la musique noire américaine, lui conférant une portée universelle, symbole du féminisme, et de belle manière.
Jean-P. FILLET

Politique, Écologie, Collapsologie, Identité, Islam, Société

Directeur de la publication d’Adoxa ● Libéral-conservatisme | Identité | Résilience territoriale. 

                                                                      

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