BANDEAU LIVRE Pensées interdites chronique france baillonnee remigration essai critique progressisme communautarisme islamisme feminisme

Adoxa infos

L'essentiel de l'info

Bloc contre bloc. La dynamique du macronisme

LIVRE – Jérôme Sainte-Marie, politologue et professeur à l’Université Paris-Dauphine, a publié un ouvrage intitulé « Bloc contre bloc, la dynamique du macronisme». Ce livre est consacré à la formation en cours d’un paysage politique caractérisé par la réapparition des conflits entre classes sociales lesquels sont attisés par la politique agressive du bloc libéral dominant.

L’auteur explique tout d’abord, dans cet ouvrage, que le succès électoral de Macron est directement lié à l’existence d’un « bloc historique » (concept emprunté au théoricien métapolitique communiste italien Gramsci) qu’il appelle le « bloc élitaire ». Ce «bloc élitaire » comprend tout d’abord ‘’des pans entiers de la direction des grandes entreprises privées mais aussi de la haute administration publique, autrement dit l’ensemble qui compose en France la sphère managériale et mondialisée. Sa force d’influence se mesure cependant à sa capacité d’entraîner d’autres couches et d’y recruter des relais.

Comme tout bloc historique, le macronisme est inlassablement maçonné par des intellectuels organiques qui homogénéisent sa vision du monde, lui donnent une conscience de soi autonome et diffusent son idéologie à l’extérieur’’. L’ « intellectuel organique », ‘’ ne se conçoit ni n’est considéré comme un intellectuel en tant que tel. Fantassin de l’idéologie, micro leader d’opinion, fourmi ouvrière du discours, il est celui qui prend la parole pour exprimer des idées aptes à justifier son être social. Il ne s’agit pas pour lui d’élaborer des théories complexes mais d’épandre des lieux communs, d’énoncer des généralités pédagogiques et de bâtir un consensus là où il n’existe pas naturellement. L’intellectuel organique des Gilets Jaunes, c’est l’artisan endetté argumentant le samedi sur le rond-point, face à ses semblables, contre les taxes injustes qui nous écrasent et les politiques qui s’en mettent plein les poches. L’intellectuel organique du macronisme, c’est le cadre aisé expliquant à ses collègues lors de la pause du déjeuner que, tout de même, il est temps de réformer le pays et, qu’en Europe, l’union fait la force à condition d’en finir avec les blocages qui nous empêchent d’avancer’’.

Macron avait compris l’existence de ce bloc élitaire (détenteur d’une hégémonie culturelle de nature libérale) qui était scindé en deux parties ayant des habitudes électorales opposées mais qui était homogène du point de vue des idées. L’affaiblissement des deux partis, PS et UMP, qui se partageaient le pouvoir depuis des lustres, lui a permis de lancer son opération de coagulation électorale du bloc historique élitaire. De plus, il pensait (à juste titre mais cela peut changer) qu’il ne pouvait être concurrencé par un bloc historique populaire du fait de l’éclatement des classes populaires entre deux pôles incompatibles du fait de leurs positions opposées sur le sujet essentiel de l’immigration : le RN et LFI. Mais cette situation est-elle pérenne ? Rien n’est moins sûr.

Les macroniens nient de manière récurrente la formation d’un nouveau front de classes ; en libéraux conséquents, ils ne veulent voir que des préférences individuelles là où on distingue nettement des préférences collectives. Tous les sondages et tous les résultats des élections de ces dernières années montrent que les macroniens sont très largement soutenus par les détenteurs du capital et par les CSP++ tandis que les CSP- et – – votent pour LFI et surtout le RN, ou bien s’abstiennent. De plus, la violente agitation sociale que nous avons connue au cours de l’année écoulée, a été clairement menée et soutenue par des gens qui votent massivement pour les deux mêmes partis (et tout d’abord pour le RN) et qui vomissent tout ce que représente le macronisme (libéralisme économique, mondialisme, effacement de toutes les frontières, immigration massive….). On ne peut que se demander, avec l’auteur, ‘’si Emmanuel Macron n’a pas réveillé ce serpent de mer de l’analyse politique, le vote de classe’’, ce qui n’a pas échappé à Marion Maréchal qui le déplore mais, comme l’écrit Sainte-Marie, ‘’Il demeure que face à une réalité politique, il ne suffit pas de la déplorer pour l’abolir’’.

Ce vote de classe ne peut qu’être vivifié par l’activisme révolutionnaire de Macron qui heurte de front les membres des classes populaires : ’’Sa démarche est véritablement révolutionnaire, avec tout le potentiel conflictuel, pour ne pas écrire toute la violence, que cela suppose. Il s’agit d’une révolution par le haut, mais qui n’est pas le caprice d’un homme inspiré. Elle répond à la volonté exacerbée par les circonstances de groupes sociaux aussi minoritaires que puissants, bien décidés à ne pas laisser s’échapper l’opportunité offerte par la crise du quinquennat Hollande et l’affaissement du clivage gauche-droite’’. Et l’auteur ajoute : ‘’Avec cette invitation à participer pleinement à la compétition sociale, ce que promet Emmanuel Macron n’est autre que l’extension du domaine de la lutte, c’est-à-dire la levée des solidarités et des contraintes légales disposées par le pouvoir politique sur la voie de la marchandisation généralisée’’. Il résulte de cette lutte une tension extrême entre le progressisme macronien et l’idée nationale ( laquelle est indissociable de la solidarité nationale, ce qu’oublient les « libéraux-conservateurs »).

Face au bloc élitaire macronien dont l’existence, le style et les actions polarisent de plus en plus le champ politique, on commence tout juste à percevoir l’esquisse d’un bloc populaire dont Macron espère qu’il ne pourra pas prendre forme. Il se réjouit peut-être un peu vite parce que l’effondrement de LFI consécutif à son recentrage pro-immigration peut changer les choses. En 2017, 7% des électeurs de Mélenchon ont voté pour Marine Le Pen au second tour de la présidentielle mais un sondage récent indique que 63% des électeurs mélenchoniens du premier tour le feraient si l’élection avait lieu dans les prochains mois (IFOP, 3 novembre 2019). La position de LFI quant à l’immigration est très nettement opposée à celle de la grande majorité des classes populaires pour lesquelles elle est un problème majeur : ‘’Or, dernier point, mais qui s’avère essentiel, l’immigration est devenue un enjeu total. Il ne s’agit pas, dans l’esprit de plus en plus de citoyens, d’une question isolée des enjeux économiques, sociaux, culturels, mais d’un sujet qui synthétise un rapport au monde. Ces trois dimensions du thème migratoire en font un facteur actif du changement politique’’. ‘’Sur ce sujet la France insoumise se trouve doublement en déséquilibre. Son point de vue est nettement minoritaire. Il l’est non seulement au sein du peuple considéré comme l’ensemble des citoyens, mais plus encore parmi le peuple entendu comme les catégories laborieuses et modestes. Au sens strict, sa ligne en faveur des migrants est antipopulaire’’. En conséquence, écrit Jérôme Sainte-Marie, ‘’Faute d’avoir réalisé son aggiornamento sur la question migratoire, le mouvement conduit par Jean-Luc Mélenchon a renoncé à exercer toute hégémonie sur la société et à conquérir le pouvoir. S’il devait advenir, le bloc populaire se ferait sans la France insoumise, et sans doute contre elle’’.

promotion PENSEES interdites livre - gregory roose - chroniques de la france baillonee(1)

On ne pourra pas reprocher à Marine Le Pen de ne pas avoir pressenti la possibilité de la formation d’un bloc populaire dont le RN pourrait être un élément essentiel, sinon même l’élément essentiel. D’où son refus d’adhérer à la stratégie de sa nièce qui semble de plus en plus clairement irréaliste. Il est désormais évident que les libéraux-conservateurs sont en position d’extrême faiblesse et qu’ils ne peuvent être qu’une force d’appoint, comme l’écrit l’auteur et comme l’a dit très justement Patrick Buisson lequel considère que désormais seul un bloc populaire pourra venir à bout du bloc dominant constitué par les élites libérales. La formation d’un tel bloc populaire suppose la conquête des esprits et la formation d’une nouvelle hégémonie culturelle, patriotique et solidariste celle-là. Pour atteindre ce but, l’action politique doit être doublée d’une action « métapolitique » visant à répandre des idées accessibles au plus grand nombre et qui permettront la formation d’un consensus le plus large possible au sein des classes populaires.

En conclusion, Jérôme Sainte-Marie écrit : ‘’Soucieux d’affaiblir les solutions de rechange à son pouvoir, l’exécutif prend le risque d’encourager un bloc populaire potentiellement bien plus nombreux, compte tenu de la structure sociale, que le bloc élitaire qu’il représente. Un tel mouvement tellurique, une telle poussée de deux grands massifs sociaux et donc électoraux, s’observe déjà. Ce phénomène fracture les courants politiques traditionnels et donne une fausse impression de fragmentation au moment où il produit une conflictuelle simplification, bloc contre bloc’’.

 

Bruno Guillard

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Pensées interdites gregory roose pop ump amazon boutique dedicace remigration islam grand remplacement progressisme feminisme communautarisme

Adoxa est un média SANS PUBLICITE qui ne reçoit aucune subvention.

Pour continuer, nous avons besoin de votre soutien !