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Coronavirus : Le mensonge de trop d’Emmanuel Macron

TRIBUNE – Après avoir menti sur la dangerosité du coronavirus, sur les masques, sur les tests, après avoir infantilisé les Français, Emmanuel Macron a commis le mensonge en déclarant que le virus était « imprévisible », analyse l’essayiste Grégory Roose.

Voici près d’un mois que la France entière est confinée. Seuls ceux qui font survivre le pays sont sommés de prendre le risque d’aller travailler, le plus souvent pour un maigre salaire. Hier, le Président de la République a annoncé au Français qu’ils étaient au milieu du gué : le confinement durera un mois de plus, marquant l’échec du pouvoir progressiste à les protéger autrement que par des moyens rudimentaires. Les conséquences pour notre économie seront catastrophiques, d’autant que d’autres pays d’Europe et du Monde, qui sont nous concurrents directs, sortiront de confinement plus rapidement. De nombreux Français se réveillent ce matin avec la gueule de bois. Seuls, reclus dans leur 16 m² au rez-de-Chaussée d’un immeuble défraîchi des années 80, il se sont levé tôt pour ne pas manquer les 25 minutes quotidiennes de soleil que laisse pénétrer les quatre imposantes colonnes minérales qui ferment la petite courette de cailloux qui prolonge l’unique fenêtre de leur studio. D’autres, entassés à cinq ou six dans leur appartement de 70 m² d’une ville de province, ne peuvent vraiment s’aérer ni pas profiter des paysages pourtant accessibles à 10 minutes de voiture. Des personnes âgées vivent seules chez elles, sans recevoir ni visite, ni courrier, ou si peu. Certaines sont peut-être mortes depuis des semaines dans la solitude et l’ignorance. Des infirmières, des médecins, des éboueurs, des caissières, des petits commerçants, artisans ou agriculteurs partiront ce matin au travail la boule au ventre, contraint et forcés d’aller travailler pour maintenir en vie un pays plongé dans un coma artificiel depuis près d’un mois…et pour un mois de plus.

« Virus imprévisible ? » : la France était alertée en janvier des risques épidémiques liés au COVID-19

A qui la faute ? Certainement pas la mienne, nous a dit Emmanuel Macron, qui s’en fendu d’un vague mea culpa censé reconnaître des « failles » collectives. Dans son discours, le président de la République a prononcé un mot de trop en déclarant que le virus est, « redoutable, invisible, imprévisible ». Imprévisible ? C’est le mensonge de trop. Emmanuel Macron et son gouvernement savaient depuis, au minimum, le 5 janvier 2020, qu’un nouveau virus potentiellement dangereux circulait en Asie du Sud-Est, date à laquelle l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est fendu d’un communiqué par lequel il indique être informé depuis le 31 décembre 2019 « de cas de pneumonie de cause inconnue détectés dans la ville de Wuhan, dans la province du Hubei, en Chine ».

Le communiqué poursuit en alertant sur « le fait que 44 cas de pneumonie nécessitant une hospitalisation soient survenus de façon aussi rapprochée dans l’espace et le temps devrait inciter à la prudence ». Le 10 janvier 2020, l’OMS publie un ensemble complet d’orientations techniques en ligne ainsi que des conseils à l’intention de tous les pays sur la manière de détecter, de dépister et de prendre en charge les cas potentiels. Fin janvier, elle déclare une urgence de santé publique internationale (USPPI). C’est à partir de cette date que le gouvernement aurait du, s’il ne l’avait pas déjà fait, des mesures concrètes pour anticiper les conséquences d’un risque pandémique fort.

En l’absence de masques et de tests, le gouvernement va infantiliser et mentir aux Français

C’est à ce moment précis que le gouvernement français devait reconstituer son stock de masques, prévoir une réquisition des industries capables de produire des respirateurs et matériels de protection en cas de besoin, élaborer des scénarios de réaction face au risque désormais très sérieux de pandémie, augmenter les moyens et accélérer la recherche sur ce virus encore méconnu mais sujet à de très vives inquiétudes au niveau international. Pourtant, il n’a pas pris toute la mesure du risque. Pis, il l’a minimisé, endormant les Français pendant de longues semaines sur sa viralité et sa dangerosité discriminante. L’ancienne ministre de la Santé déclarait, fin janvier que le risque de propagation du Coronavirus était « quasiment nul » en France. Quinze jours plus tard, alors qu’il fait son entrée en France, la même Agnès Buzyn abandonne le navire pour s’engager dans une course aussi vaine que désespérante à la mairie de Paris. Le 7 mars, Emmanuel Macron se rend au théâtre « pour inciter les Français à sortir malgré le coronavirus ». Une semaine plus tard, il annoncait les premières mesures drastiques de confinement à l’échelle nationale.

Le gouvernement n’a pas pris toute la mesure du risque. Pis, il l’a minimisé, endormant les Français pendant de longues semaines sur sa viralité et sa dangerosité discriminante

Grégory Roose

Combien de contaminations auraient pu être évitées pendant ce laps de temps si les Français avaient été correctement informés et préparés au pire ? Le Gouvernement, par la voix de sa porte-parole, Sibeth Ndiaye, leur a assené que « les Français ne pourront pas acheter de masque dans les pharmacies, car ce n’est pas nécessaire si l’on n’est pas malade ». En réalité, la France n’avait plus de stock de masques. Le Gouvernement étant incapable d’en fournir aux Français, il choisi de les infantiliser, de leur mentir. Finalement, Macron déclarait hier soir que «  l’État, à partir du 11 mai, devra permettre à chacun de se procurer un masque » dont l’usage « pourra devenir systématique ». La même petite musique irresponsable a été entonnée concernant la politique des tests. Le gouvernement s’y est longtemps refusé, prétextant de divers motifs, par manque de matériel. Au même moment, chez nos voisins allemands, le test est pratiqué à grande échelle, ce qui permet aux autorités allemandes de détecter précocement les infections, même chez les patients asymptomatiques, de les isoler et de contenir la propagation de la maladie.

Aucun gouvernement ne résiste à une « guerre » qu’il n’a pas su anticiper. Des comptes seront à rendre à la sortie de cette crise pour préparer le « monde d’après »… en l’absence des gouvernants du monde d’avant.

Grégory Roose

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