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Crois ou meurs ! Une histoire incorrecte de la Révolution française (livre)

LIVRE – « Crois ou meurs ! Voilà l’anathème que prononcent les esprits ardents au nom de la liberté!  » Ainsi s’indigne le journaliste Jacques Mallet du Pan dans le Mercure de France du 16 octobre 1789, au tout début de la Révolution. Voilà qui s’inscrit en faux contre la thèse, solidement ancrée aujourd’hui, de deux révolutions : une bonne, celle des droits de l’homme, qui aurait dérapé pour aboutir à une mauvaise, celle de la Terreur. Et si la Révolution tout entière avait été un immense, un désolant gâchis, et ce dès les premiers jours ? Et si ce qui a été longtemps présenté comme le soulèvement de tout un peuple n’avait été qu’une folie meurtrière et inutile, une guerre civile dont l’enjeu mémoriel divise toujours les Français ? Il fallait reprendre l’enquête en revisitant les événements, en les décryptant et en se libérant de l’historiquement correct. Ce récit circonstancié s’adresse à tous ceux qui souhaitent qu’on leur raconte enfin une autre histoire de la Révolution française, la vraie. »

L’historien Claude Quétel, qui fut directeur de recherches au CNRS, a publié récemment chez Perrin un ouvrage très incorrect consacré à la Révolution française de 1789/1799 ; il est intitulé ‘’Crois ou meurs’’, tout un programme ! Dans cet ouvrage, Claude Quétel a voulu, tout d’abord, mettre en évidence le fait que la Terreur n’est pas apparue en 1793 à la faveur des graves difficultés intérieures et extérieures auxquelles était confronté le gouvernement révolutionnaire mais dès le 14 juillet 1789, comme l’écrira le député Malouët : ‘’Pour tout homme impartial, la terreur date du 14 juillet’’. Dès le 14 juillet, deux têtes sont coupées, celle du gouverneur de la Bastille et celle de Jacques de Flesselles ; le 22 juillet, l’intendant Bertier de Sauvigny et son beau-père Foulon de Doué sont pendus en place de Grève puis décapités et leurs têtes sont ensuite mises sur des piques. A l’Assemblée, en réponse à Lally-Tollendal qui fustige ce massacre, le député Barnave s’écrie ‘’ On veut nous attendrir, Messieurs, en faveur du sang qui a été versé hier à Paris. Ce sang était-il donc si pur ? ’’. Cette obsession de l’impureté du sang des ennemis politiques est une constante du discours révolutionnaire qui est présente jusque dans notre hymne national ! Les horreurs de ce type se multiplièrent jusqu’aux crimes de masse commis en 1793/1794 avec la bénédiction et même à la demande expresse du Comité de salut public.


Il ne fait aucun doute que certaines des idées qui ont été propagées au cours du XVIIIe siècle, celles de Rousseau en particulier, sont à l’origine de l’extrémisme révolutionnaire. Taine a souligné ce que l’idée rousseauiste, selon laquelle il faut forcer les gens à être libre (Du contrat social), avait de potentiellement tyrannique mais au-delà de cela, l’idée de ‘’volonté générale’’ est fondamentalement totalitaire. Cette prétendue ‘’volonté générale’’ qui n’est qu’une vue de l’esprit, une idée farfelue qui ne désigne pas la volonté de la majorité comme on l’entend souvent, mais ce qui reste quand tous les intérêts individuels ont été mis de côté ! Ce reste était supposé être commun à tous les citoyens ‘’non dégénérés’’, mais, en fait, il était défini par les meneurs révolutionnaires, qui y mettaient ce qu’ils voulaient. Cette idée dont le philosophe Charles Taylor a écrit qu’elle s’assimile ‘’ à la formule des formes les plus terribles de tyrannie homogénéisante, depuis la Terreur jacobine jusqu’aux régimes totalitaires de notre siècle’’, menait tout droit à l’exclusion de tous ceux qui s’opposaient à la ‘’régénération’’ et qui refusaient de se soumettre à la dite ‘’volonté générale’’ ; de tels individus ne pouvaient qu’être inhumains et les révolutionnaires en firent des ‘’monstres’’ dont il fallait se débarrasser par les moyens les plus expéditifs, ce qu’ils firent.


‘’En faisant périr les scélérats, on assure la vie de toutes les générations des hommes libres’’ dit à la Convention Collot d’Herbois. ‘’Je crois que Marseille est incurable à jamais, à moins d’une déportation de tous les habitants et d’une transfusion des hommes du Nord ’’ estimait Fréron parce que les habitants de cette ville avaient osé se rebeller.
En Vendée, on atteindra un sommet dans le déchaînement meurtrier des révolutionnaires. ’’La Vendée doit être un cimetière national’’ selon le général Turreau qui commandait dans cette région au début de 1794. Le 28 février 1794, ‘’un détachement républicain investit le village des Lucs sur Boulogne et entreprend un massacre général de la population qui se solde par 458 victimes dont 110 enfants’’. Alexandre Soljenitsyne vint le 25 septembre 1993, à l’invitation de Philippe de Villiers, se recueillir dans ce village martyr. Le grand écrivain russe a dit à cette occasion que les crimes commis en Vendée préfiguraient ceux qui furent commis plus tard au Goulag ; les bolcheviks considéraient que les Jacobins avaient été leurs précurseurs. Les massacres de Vendée avaient pour objectif de liquider une population dans son intégralité et d’empêcher qu’elle se reproduise en générant de nouveaux « brigands » ; d’où les innombrables assassinats de femmes et d’enfants. A Prinquiau, les hussards de Westermann fusillent indistinctement hommes, femmes et enfants rescapés de la « virée de Galerne ». ‘’Il n’y a plus de Vendée, écrit ce dernier à la Convention. Je viens de l’enterrer dans les marais de Savenay. J’ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux et massacrés les femmes. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé’’.
A Nantes, Jean-Baptiste Carrier s’illustre par des noyades de masse dans la Loire laquelle est promue au rang de « fleuve révolutionnaire ». ‘’C’est par principe d’humanité que je purge la terre de la liberté de ces monstres’’, déclara-t-il. Toute la basse vallée de la Loire est le lieu de massacres de ce type.


 


Couthon avait proposé, le 10 juin 1794, un décret accélérant la procédure du Tribunal révolutionnaire ; ‘’Désormais le Tribunal révolutionnaire ne pourra plus prononcer que l’acquittement ou la mort. Plus d’interrogatoire de l’accusé avant l’audience. Pas d’autres témoins que ceux choisis à charge. Plus d’avocat…Bref, plus de justice même révolutionnaire mais l’établissement pur et simple d’une Inquisition jacobine’’. C’est le début de ce qu’on dénommera plus tard la Grande Terreur.
C’est le 17 septembre 1793 qu’est votée la loi dite des suspects au sujet de laquelle Jacques Julliard a écrit : ‘’Véritable loi « d’extermination » (Mathiez) dont aucun régime totalitaire du XXe siècle, à l’exception peut-être de celui de Pol Pot au Cambodge, n’osa jamais s’approcher, au moins en termes juridiques : la défense est supprimée de même que l’interrogatoire des accusés ; les jurés, à défaut de preuves concrètes, peuvent se contenter de preuves morales. Les chefs d’accusation sont conçus en terme si vagues qu’ils donnent au pouvoir un droit discrétionnaire de vie et de mort sur les citoyens’’. Et il ajoute, plus loin : ‘’En vérité, il faut convenir que les idées les plus avancées de la Révolution relèvent d’une logique totalitaire, au sens étymologique du mot. Aucun des régimes que l’on range aujourd’hui sous ce vocable, nazi ou communiste de type stalinien, voire maoïste, n’est allé aussi loin que la Révolution ne l’a fait…du moins en imagination. La confiscation des enfants à leur famille par l’Etat est assurément le degré suprême de l’abolition de la propriété privée, pour ne pas dire de la personnalité individuelle’’.

La bien-pensance universitaire a fait de l’historien Reynald Sécher une sorte d’illuminé ultraréactionnaire mais Claude Quétel pense que ses principaux arguments méritent d’être rappelés. Dans une interview à la revue « Guerres et histoire » (avril 2018), R. Sécher a rappelé la définition du génocide telle qu’elle est donnée dans la Convention des Nations unies de 1948 : ‘’Des actes commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel’’. ‘’Ce qui compte, argumente Reynald Sécher, n’est pas l’existence objective d’un groupe vendéen, mais le fait que les Bleus en aient désigné un comme étant à exterminer comme tel [….]. On ne s’explique pas autrement qu’ils aient cherché à massacrer non seulement les rebelles armés, mais aussi les vieillards, les enfants et surtout les femmes qui sont les « sillons reproducteurs de cette race maudite »……’’. Il revient à Reynald Sécher d’avoir découvert aux Archives nationales « les petits bouts de papier » sur lesquels les membres du Comité de salut public écrivirent leurs ordres concernant la destruction des Vendéens et de la Vendée. Il a écrit à ce sujet : ‘’Au regard de ces documents, nous pouvons affirmer que, suite au vote en conscience des députés de la Convention, le génocide des Vendéens commence bien par le vote de la loi du 1er août 1793 , qu’il est confirmé par une seconde loi, le 1er octobre, qu’il a été conçu, organisé, planifié et mis en œuvre sur le terrain par le Comité de salut public comme l’indiquent les « petits bouts de papier » découverts aux Archives nationales. Les Vendéens ont été fauchés par deux lames génocidaires : une sur la rive droite de la Loire gérée directement par le Comité de salut public par le moyen de petits bouts de papier, l’autre sur la rive gauche confiée à Louis-Marie Turreau nommé général en chef de l’armée de l’Ouest à cette seule fin par ce même Comité de salut public’’. Et plus loin : ‘’Si, comme le dit Rafaël Lemkin, les génocides ont existé de tous temps, le génocide des Vendéens, lui, est le premier génocide moderne de type proto-industriel. Qui plus est, en légiférant, c’est-à-dire en légalisant ce crime contre l’humanité, les Conventionnels responsables de la Terreur l’ont justifié’’.

Claude Quétel écrit : ‘’Tenter d’exonérer la Révolution de la Terreur, c’est chercher à ôter le bât qui blesse. Bien rares sont les historiens qui s’inscrivent résolument en faux contre une telle entreprise, tel Patrice Gueniffey qui réplique qu’au contraire la Terreur n’est pas un accident de la Révolution mais qu’elle lui est consubstantielle ; et ce dès 1789’’. Jacques Mallet du Pan écrivit dans le Mercure de France du 17 octobre 1789 : ‘’C’est le fer ou la corde à la main, que l’opinion dicte aujourd’hui ses arrêts. Crois ou meurs !, voilà l’anathème que prononcent des esprits ardents ; ils le prononcent au nom de la liberté’’.
Mais, revenons un peu, pour conclure, aux idées qui furent au centre du moment révolutionnaire ; à l’idée de ‘’volonté générale’’, dont Rousseau a été le concepteur, et à l’individualisme, d’origine libérale. Ces deux idées sont les éléments principaux du ‘’républicanisme’’ français lequel balance, de l’un à l’autre, entre totalitarisme unanimiste et libéralisme libertaire. L’idéologie révolutionnaire fut, de ce fait, à l’origine de courants de pensée et de familles politiques très divers, voire parfois opposés ; c’est sans doute cette origine commune qui génère la gêne palpable chez beaucoup de libéraux quand il s’agit de condamner les régimes communistes. De nos jours, si Mélenchon et ses groupies revendiquent bec et ongles l’idéologie de la Révolution française et admirent ses acteurs (tout particulièrement Robespierre), c’est presque toute la classe politique qui fait de même, y compris celle de droite ! Or, s’il est logique que la gauche, l’extrême-gauche et les libéraux continuent d’y trouver leur nourriture idéologique, on comprend difficilement qu’il en en aille de même pour la droite. Cette dernière est, comme l’a expliqué Jacques Julliard, prisonnière d’une idéologie qui lui est étrangère depuis 1789. La droite originelle était ‘’communautariste’’ (le royaume de France était une communauté de communautés) quand la gauche (révolutionnaire) était individualiste (libérale) ; ce n’est que beaucoup plus tard qu’elle a commencé à se « rallier » à la république fille de la Révolution française, du bout des lèvres tout d’abord puis de plus en plus franchement. Le « ralliement » s’est imposé à la droite à partir du moment où la perspective de la restauration monarchique se dissipa, à la fin du 19e siècle. Maurras fit une synthèse du royalisme et du nationalisme, mais le temps de la monarchie était définitivement révolu. Ce fut un échec. D’autres pensèrent, à tort, que les totalitarismes mussolinien (Valois) puis hitlérien (Doriot) pouvaient être des alternatives au « républicanisme » français. On sait ce qu’il advint de ces lamentables aventures. Nous en sommes arrivés à un point où beaucoup de gens de droite considèrent que le libéralisme est la quintessence du « droitisme » ! Jacques Julliard, lui, voit beaucoup plus clair : ‘’Ce que cette longue traversée de deux siècles et demi nous a montré, c’est que la gauche, parti de l’individu face au primat du collectif qui était l’apanage de la droite, la gauche qui a fait la Révolution française au nom des droits de l’individu, droits politiques, économiques, sociaux, cette gauche devenue collectiviste au milieu du XIXe siècle à cause de l’impératif de défense des droits sociaux des classes laborieuses face à l’égoïsme féroce des détenteurs du capital, est aujourd’hui revenue, sans toujours le dire ni même le savoir, à ses origines : elle est redevenue le parti de l’individu’’. Si la gauche est redevenue le parti de l’individu, alors il revient à la droite de redevenir le parti de la nation entendue non pas comme agrégat d’individus partisans de l’idéologie révolutionnaire mais comme communauté ethnique, historique et culturelle (c’est-à-dire, comme l’a écrit Maurizio Viroli, au sens de la « natio » des Romains).

Les guillemets s’imposent quand on évoque le ‘’républicanisme’’ très particulier des révolutionnaires français, auquel les gauches s’identifient comme le souligne Claude Quétel, et qui est très différent du républicanisme classique. D’ailleurs, certains spécialistes du sujet considèrent que l’utilisation des deux mots, « républicains » pour les héritiers de la Révolution française et « républicanistes » pour ceux du républicanisme classique, est parfaitement justifié tant ce qui les sépare est important. Le républicanisme classique (qui est à l’origine du néo-républicanisme contemporain) ignorait tout de l’idéologie très individualiste des Droits de l’Homme, de l’individualisme lui-même et de la « volonté générale », c’est-à-dire des fondements essentiels du « républicanisme » français.
Claude Quétel conclut son livre sur une note optimiste avec une citation de l’historien Patrice Gueniffey qui a écrit : ‘’La Révolution française n’est plus aujourd’hui ce qu’elle fut longtemps : l’alpha et l’oméga de l’histoire de France et même, selon certains, de l’histoire universelle. C’est un fait, elle n’occupe plus le premier rang ; son pouvoir d’évocation diminue de jour en jour et de moins en moins nombreux sont ceux qui lui prêtent encore la capacité d’éclairer le présent, a fortiori le futur de nos sociétés’’.
Un dernier carré de « républicains », réunis autour de Vincent Peillon, essaient de préserver et de promouvoir le « républicanisme » issu de la Révolution française (Bibliothèque républicaine aux éditions Le bord de l’eau) ; mais ils sont clairement sur la défensive face aux néo-républicanistes anglo-saxons lesquels n’accordent aucune importance au « républicanisme » français et ne veulent surtout pas endosser les crimes innombrables commis par ses fondateurs. Le temps d’un néo-républicanisme français serait-il venu ?

Bruno GUILLARD

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