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Ecologie

Disparition d’une des dernières forêts vierges d’Europe

Depuis deux ans et demi, les écologistes sont en guerre contre les autorités polonaises, au sujet de la forêt de Białowieża, un site inscrit au patrimoine de l’UNESCO, qui représente l’un des derniers et plus grands fragments restants de la forêt vierge originelle de l’Europe.

En avril 2018, la Cour de justice de l’Union européenne, l’instance judiciaire la plus élevée de l’UE, a jugé que la Pologne avait enfreint les lois européennes, en abattant des arbres de la forêt de Bialowieza, et lui a infligé une amende d’au moins 4,3 millions d’euros, montant pouvant passer à 100 000 euros par jour si l’abattage se poursuivait.

En mars 2016, le ministre polonais de l’Environnement d’alors, Jan Szyzko, appuyé par les lobbies forestiers, a approuvé le triplement des volumes de bois pouvant être récoltés de Białowieża, au prétexte de combattre une infestation de scolytes. En juillet de la même année, une poignée d’organisations environnementales polonaises ont déposé une plainte en bonne et due forme devant la Commission européenne, qui a ensuite poursuivi la Pologne devant la Cour de justice de l’Union européenne.

À cheval sur la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, Białowieża comprend de vastes zones intactes, et abrite une faune sauvage, riche de plus de 59 espèces de mammifères, dont le bison d’Europe. Mais alors que du côté biélorusse, plus de 80 % de la superficie de cette forêt est enclose dans un parc national, seuls 17 % de la forêt polonaise jouissent d’un niveau de protection similaire.

Les organisations environnementales de surveillance dénoncent la continuation de l’abattage de 160 000 à 180 000 arbres, depuis l’instauration, du nouveau plan de gestion forestière, par le ministre Szyzko, en 2016.

La majeure partie de l’Europe orientale semble indifférente à l’environnement. C’est le cas de la Roumanie, où Greenpeace estime que trois hectares d’arbres disparaissent toutes les heures dans les montagnes des Carpates, où se trouvent également les derniers lambeaux de la forêt originelle européenne. En Slovaquie, les déclarations officielles sur la croissance de la forêt sont démenties par les photographies aériennes.

En Pologne, le ministre Szyzko a finalement été limogé en janvier 2017, quelques jours seulement après qu’un autre projet de loi controversé, qu’il avait soutenu, eut été approuvé par le parlement. Le texte supprimait l’obligation, pour les propriétaires privés, de demander l’autorisation d’abattre les arbres ou d’informer les autorités locales que des arbres avaient été ou allaient être coupés.

Le nouveau ministre de l’Environnement, Henryk Kowalczyk, a accepté de se conformer à la décision de l’UE, mais du côté de son administration, la polémique continue. En mai dernier, il a constitué une équipe chargée d’élaborer un plan à long terme pour la forêt, avec un projet de replantation des zones de coupe. Toutefois, ce plan, selon les écologistes, fera plus de mal que de bien.

Manifestations

En mai 2017, des écologistes protestataires ont installé un campement permanent dans la forêt, en s’enchaînant aux machines forestières. Le campement, organisé dans une démarche ascendante, a encouragé le développement de pétitions en ligne et d’une prise de conscience internationale.

La situation a dégénéré quand des protestataires ont été menottés et expulsés de force de la zone, par les agents du service des Forêts, et qu’une interdiction légale a été mise en place pour empêcher l’accès à certaines parties du domaine. Au plus fort de l’été 2017, le ministère de l’Environnement avait déclaré que toute contestation de l’abattage serait assimilée à une opposition politique.

Une modélisation numérique en 3D de la forêt, produite par une collaboration entre Greenpeace et Minecraft, permet aux joueurs d’explorer Białowieża sous tous ses aspects, jusqu’à la biodiversité et la météorologie. Appelé « Jusqu’au dernier arbre debout », le jeu ôte les arbres de la vue des joueurs, sans avertissement, les laissant crapahuter pour trouver le dernier.

  Juliette Bretan

Rédac chef d’aDOXA ● Libéral-conservatisme | Identité | Résilience territoriale

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