Identité

Etre Français

Depuis quelques temps l’identité française est questionnée. À ceux qui pointent le fait qu’en France tout le monde n’est pas intégré, qu’il y a les Français de cœur et les Français de papiers, d’autres rétorquent avec morgue : « mais c’est quoi, être Français ? ». Être français, tout comme être italien, irlandais, ou coréen ; cela ne saurait se résumer en une phrase toute prête.

Être Français, c’est tout d’abord être attaché à la terre

Être Français, c’est un dosage de différents ingrédients bien spécifiques. Tous ne sont pas obligatoires, chacun se fait sa mixture selon sa personnalité, sa sensibilité et ses goûts.

Être Français, c’est tout d’abord être attaché à la terre. Le Français est un paysan, la France est un pays d’agriculteurs, bien avant d’être un pays de gastronomes.

Bien entendu, être Français, c’est avoir le goût de la bonne chère. Non pas de la cuisine étoilée, sculptée, ciselée, qui n’est qu’amusement de nantis ; mais au contraire de la nourriture copieuse et généreuse qui rassasie le corps et le cœur.

Être Français, c’est aimer la convivialité d’un bon verre de vin ou d’un alcool régional : muscat de Rivesaltes, cidre breton ou pastis bien du sud, accompagné, si possible, d’une charcuterie ou d’un de nos 45 fromages AOP, partagé, si possible, la table du café du coin ou d’un restaurant familial.

Être Français, c’est avoir le goût de la littérature et des bons mots. C’est aimer Voltaire, Balzac ou La Fontaine, c’est apprécier les saillies des textes d’Audiard, prononcés par la voix d’un Gabin, d’un Ventura ou d’un Blier. C’est s’approprier cette langue que l’on dit si riche et qui permet à chacun d’employer le vocabulaire qui lui sied le mieux. Comme me l’a dit un jour un ami camerounais : le français est une langue élastique ; elle permet de dire une chose de mille manières différentes. C’est une gymnastique de l’esprit.

D’ailleurs, le Français aime philosopher. Il aime réfléchir et penser la vie jusqu’à ses aspects les plus insignifiants. C’est normal, puisque la langue le lui permet. La richesse du vocabulaire permet d’élever la pensée.

Nous sommes le peuple des cathédrales

Le Français n’est pas aussi travailleur que le japonais ni aussi rigoureux que l’allemand. Mais le français a le goût du beau. On parle beaucoup, concernant la cuisine, de « l’excellence à la française ». Cette recherche de l’excellence s’appliquait autrefois – et s’applique encore, dans une moindre mesure – à tous les domaines : littérature, architecture, poésie, art et science… Le Français ne se tue pas à la tâche, mais il veut pouvoir être fier de ce qu’il fait. Il aime ce qui dure, il est attaché à la notion d’héritage et de transmission.

Nous sommes le peuple des cathédrales. Pourquoi pleurer quand un édifice vieux de plusieurs siècles brûle ? Parce que, plus que du bois et de la pierre – comme le résument les petites âmes –, c’est le travail de centaines de nos ancêtres, le ravissement à la vue d’un édifice majestueux, qui a enchanté des milliers de nos aïeux qui disparaît ; et dont seront privées les générations futures.

Le Français, c’est aussi bien ce gentilhomme citadin, bien apprêté et propret, élégant et courtois, que ce campagnard bourru et un peu rude en apparence, mais avec le cœur sur la main.
N’oublions pas que le français est romantique. N’est-il pas à l’origine des règles de galanterie qui sont une marque de haute considération envers la gent féminine ? Quel dommage qu’elles n’aient plus cours et soient aujourd’hui perçues comme désuètes ou – pire encore – misogynes…

Certains disent que la culture française n’existe pas, que le peuple français ne serait que le fruit d’une immigration ininterrompue à travers les siècles. Mais la France ne fût jamais régit par un shogunat, un tsar, un émir ou un voïvode. Nous n’avons jamais prié sur des autels aztèque ni rendu hommage au Grand Manitou.

Nous sommes le pays des rois et des empereurs. Notre langue est latine ; de même racine que les italiens, espagnols et portugais ; qui sont tous de proches voisins.

Notre religion est judéo-chrétienne. Remettons l’église au milieu du village et rendons-nous compte que la foi imprègne chaque rue de nos communes – du moins celles qui n’ont pas été construites récemment.
Revendiquer son athéisme est une liberté que n’autorisent pas toutes les cultures, et notamment pas celles du Moyen-Orient. Mais souvenons-nous que, de glorieuse civilisation athée, l’histoire n’en compte aucune.

Être Français, enfin, c’est être attaché à une certaine douceur de vivre, de celle qu’on ne trouve plus qu’à travers les campagnes les plus reculées, loin de l’agitation folle des grandes villes. De l’art de prendre son temps, de trouver son bonheur dans l’écoute du chant des oiseaux ou du coassement des grenouilles, à la vue d’un champ de coquelicot ou d’une libellule qui danse sur les nénuphars, au contact de l’écorce rugueuse d’un arbre centenaire ou du lichen moelleux en automne.

Ce genre de plaisir simple, humble et intime nous est aujourd’hui interdit, depuis que le moindre de nos horizons est balafré de routes grises ou déchiré par les éoliennes, que les troquets et les cafés où il faisait bon se retrouver ne sont plus que des reliques pittoresques d’un temps révolu.

« Être Français, on le voit bien, c’est une notion qui se perd »

Et l’on s’aperçoit, justement, avec ce petit tour d’horizon, pourquoi il devient difficile d’expliquer ce que c’est qu’être Français.
L’âme française est altérée, malmenée dans ses fondements les plus essentiels. On pouvait la trouver dans une agriculture florissante, dans les campagnes vertes et la nature sauvage parsemée de mares et d’étangs, dans une architecture glorieuse qui soulève l’imaginaire et nous permettait de toucher au divin, dans une littérature copieuse qui faisait chanter les mots, dans une figure noble, puissante et respectable à la tête du pays.

Être Français, on le voit bien, c’est une notion qui se perd. Tant et si bien que je me retrouve – moi ainsi que d’autres – à devoir l’expliquer avec ce texte, alors que cela ne devrait même pas être nécessaire.

Etre Français en France, italien en Italie, suédois en Suède, marocain au Maroc ou japonais au Japon : cela devrait couler de source, être l’évidence même. Se montrer respectueux du pays dans lequel on naît ou qui nous accueille ; apprendre sa langue, ses coutumes et son histoire… S’assimiler.

Mais cela n’est pas possible quand on vient en masse. Qu’un seul étranger vienne dans un pays d’accueil, il sera bien forcé de s’adapter s’il veut travailler et avoir une vie sociale.

Mais quand ce même étranger vient avec famille et amis pour retrouver un quartier où l’attendent déjà d’autres immigrés de la même origine que lui, alors cet effort n’est plus nécessaire. Ils peuvent simplement, tous ensemble, recréer une petite portion de leur pays natal sur ce nouveau territoire.

C’est précisément ce qui se passe en France – ainsi que dans d’autres pays d’Europe, Angleterre et Suède en tête – et qu’on nomme Grand Remplacement.

Et c’est ainsi que l’être français s’efface et meurt…

À moins que…

À moins que les nouvelles générations ne parviennent à raviver la flamme, l’âme et la tradition française. La tradition, ce n’est pas le culte des cendres mais le passage du flambeau.

De la même manière qu’on n’a jamais autant entendu le mot race que depuis qu’il a été retiré de la Constitution, de la même manière qu’on n’a jamais autant entendu parler de couleur de peau que depuis que des antiracistes autoproclamés se sont emparés du sujet, je crois que l’esprit français resplendira de plus belle dans les générations futures, précisément parce qu’il a été autant malmené ces dernières décennies.

Nous sommes le peuple des cathédrales, des rois et des génies. La France est un beau pays, et bientôt je l’espère, être français redeviendra une fierté et une évidence.