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Etat des lieux du système scolaire français : un constat alarmant

Cet article a été conçu à partir de la lecture de deux ouvrages de qualité. Celui de René Chiche, La désinstruction nationale, sorti fin 2019, et celui de jean-Paul Brighelli, La Fabrique du crétin ou la mort programmée de l’école, sorti en 2005.

Au début des années 80, Maurice T. Maschino, journaliste au Monde Diplomatique, auteur du livre « L’école de la lâcheté – Voulez-vous des enfants idiots ? » décrivait l’état alarmant de l’école et mettait en cause les décisions prises durant le mandat présidentiel de M. Giscard d’Estaing : « La faillite de l’enseignement n’est un secret pour personne : ni pour les enseignants, bien entendu, qui constatent chaque jour l’état de délabrement intellectuel de leurs élèves, leur incapacité à réfléchir, leur totale allergie aux activités de l’esprit, leur analphabétisme profond ; ni pour les parents, régulièrement stupéfaits de constater que leurs enfants, même en terminale, savent à peine lire et écrire ; ni pour les élèves, qui s’ennuient à longueur de cours, bafouillent quelques monosyllabes quand on les interroge, puis retombent en léthargie, ne se réveillant que pour courir au troquet ou vers leur moto. »

Dans un entretien accordé au journal « Le Monde » en 2014, le directeur de l’éducation au sein de l’O.C.D.E. (Organisme de Coopération et de Développement Economique) critiquait sévèrement le système scolaire français considéré comme l’un des « plus inégalitaires du monde », malgré un temps de scolarisation parmi les plus importants. En 2012, la France se classait alors à la 25ème place du classement Pisa qui évalue le niveau scolaire des élèves de 15 ans dans 65 pays. La 23ème place détenue au dernier classement 2019 ne constitue pas la marque d’un grand progrès mais confirme plutôt un statut « d’élève moyen », les premières places étant toujours réservées aux pays asiatiques, la Chine en particulier. Eric Charbonnier, analyste de l’organisation et spécialiste de l’éducation pointe toujours le problème récurrent « des inégalités sociales devant la performance ». Pauline Givord, autre analyste à l’OCDE, précise cet état de fait :  « Les élèves défavorisés ont cinq fois plus de risque de se retrouver en difficulté que les autres, en compréhension de l’écrit. » Mais que se passe-t-il donc au sein des classes pour que nous en soyons là ? Dans un article paru le 3 décembre 2019 dans le journal Le Parisien, Christel Brigaudeau pointe une focale sur un problème très rarement évoqué dans les analyses du système scolaire : le climat délétère qu’on rencontre dans de nombreuses classes. Les jeunes interrogés confirment un constat souvent effectué par les enseignants eux-mêmes sur l’indiscipline qui y règne. L’auteur de l’article rappelle ainsi une des conclusions de l’étude de l’OCDE dans ce domaine : « Il n’y a qu’en Argentine et au Brésil où l’indice du climat de discipline est inférieur à la moyenne observée en France. » Et d’ajouter que « Le phénomène pénalise surtout les élèves déjà les plus fragiles, puisqu’il s’observe majoritairement dans les établissements les plus en difficulté. » L’OCDE préconise une meilleure formation des enseignants français à la gestion de classe, comme cela se fait systématiquement dans les pays situés en haut du tableau Pisa.

Dans son ouvrage critique paru il y a quelques mois (La désinstruction nationale – Editions Ovadia), René Chiche confirme le déplorable constat déjà fait par d’autres avant lui sur l’état du système éducatif français : « Les enfants que les Français confient à l’école n’en sortent pas avec l’instruction qui leur est due. Les employeurs constatent les multiples carences de jeunes gens qu’on a leurrés sur leur niveau réel en leur distribuant avec « bienveillance » des diplômes qui ne valent rien (p.9)… /…C’est par l’instruction qu’on prend soin de l’être humain. Aussi la désinstruction n’est-elle pas seulement une calamité nationale qui fragilise les fondements de la République ; elle est d’abord un crime contre l’humanité et une faute envers nos enfants (p.11). »

Colère donc de ce professeur agrégé qui se fait le porte-parole « de tous ces jeunes gens privés de lettres par des adultes négligents, irresponsables et désinvoltes…/… Une colère contre les lâchetés d’adultes qui laissent à l’abandon l’intelligence des nouvelles générations parce qu’ils se soucient davantage de se faire aimer d’elles que de les instruire » (p.12).

Au-delà de l’opinion et des appréciations générales portées sur le système éducatif français, il apparaît incontournable de porter un regard attentif sur les résultats des enquêtes comparatives menées à un niveau international par l’O.C.D.E.

René CHICHE n’apprécie guère ces travaux et s’en prend, lui, aux études quantitatives, « les « PISA », « PIRLS », etc., elles sont impuissantes à décrire convenablement la nature et la profondeur d’un mal qu’elles contribuent à entretenir en raison même de leur méthodologie. (p.16)

Ces études, malgré leurs défauts, sont loin d’être inintéressantes et permettent un ciblage des difficultés du système déjà bien avant la classe terminale.

La dernière enquête PIRLS (Evaluation internationale des élèves de CM 1 en compréhension), qui date de 2016, met en évidence des performances très en deçà de ce qu’on pourrait attendre d’un système scolaire dont on a longtemps vanté l’excellence.

« Avec un score de 511 points, la France se situe en deçà de la moyenne européenne (540 points) et de celle de l’OCDE (541 points).Depuis PIRLS 2000, la performance globale française baisse à chaque évaluation. En 2016, l’écart est significatif et représente – 14 points sur la période de quinze ans.Les performances basées sur la compréhension de textes informatifs baissent davantage (-22 points) que celles des textes narratifs (-6 points). Les processus de compréhension les plus complexes (Interpréter et Apprécier) baissent davantage (-21 points) que les plus simples (Prélever et Inférer, -8 points). Les enseignants français sont moins nombreux que leurs collègues européens à proposer à leurs élèves, chaque semaine, des activités susceptibles de développer leurs stratégies et leurs compétences en compréhension ». Publication de la Depp – education.gouv.fr

Cette analyse du M.E.N. met bien en évidence que l’amélioration des performances en lecture ne passe pas uniquement par la maîtrise, néanmoins indispensable, de la combinatoire, n’en déplaise aux nostalgiques du « b-a – ba »…

Le dispositif PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves), quant à lui, est une enquête effectuée tous les trois ans, toujours sous la conduite de l’OCDE. Elle évalue le niveau des élèves de 15 ans des pays participant au test. En 2019, la France était classée 23ème sur les 79 pays évalués : seuls 9,2% des élèves français sont performants en lecture (compréhension de longs textes porteurs de concepts abstraits, avec prise en compte d’indices contextuels)…

UN PROBLEME DE MAITRISE DE LA LANGUE ?

Ce tableau n’apparaît pas relever de l’excellence, loin s’en faut, et donne sans nul doute raison à René Chiche, mais qu’entend-il donc par « désinstruction », titre de son ouvrage ?

« Ce n’est pas une simple « baisse de niveau »…/… Ce qui est maintenant en cause, c’est l’acquisition de la langue en tant qu’instrument à penser. Les défaillances sont telles de ce point de vue que la possibilité de penser elle-même en devient problématique. »(P.20)

Propos qui rejoignent l’analyse de Jean-Paul BRIGHELLI, enseignant lui-aussi, et essayiste, auteur, entre autres, d’une collection d’ouvrages de français (Ed. Magnard), et qui, dans un ouvrage paru en 2005 sous le titre « La fabrique du crétin » (J.C. Gawsewitch Editeur), déplore un appauvrissement de l’enseignement de la langue et de la philosophie : « En coupant les jeunes de la culture, on les a confinés dans le ghetto d’une langue raréfiée, où les quelques mots subsistants sont affublés de tous les sémantismes en même temps…/… La vraie novlangue d’Orwell est là. » P.80

Quinze années après sa publication, ce dernier ouvrage garde toute son actualité et René Chiche de déplorer encore que : « Les jeunes n’ont plus les mots pour organiser ne serait-ce qu’un embryon de pensée » et de s’alarmer du fait que jadis : « On quittait l’école primaire en sachant convenablement lire et écrire. Après quelques décennies de réformes ininterrompues, on peut entrer à l’université en ne sachant toujours pas bien lire et plus du tout écrire » (p.12). Mais R. Chiche entrevoit avec acuité les conséquences de ce délabrement : « Le véritable coût de la désinstruction n’est pas seulement financier, il est aussi économique dans le plein sens du terme ; il est évidemment social à plus d’un titre, il est politique enfin comme on commence à s’en apercevoir, mais il est avant tout humain. La langue constitue en effet l’élément de la pensée. » (p.14). La langue, s’emporte-t-il, « est la partie la plus importante de l’instruction…/…Un système éducatif qui se montre peu regardant à cet égard, au point de laisser accéder à d’improbables études supérieures des élèves maintenus en état de quasi-illettrisme, doit être dénoncé comme une imposture et réformé de fond en comble. »(p.15)

ET LE BACCALAUREAT ?

Monsieur CHICHE aurait-il oublié l’évolution très positive des performances au baccalauréat ? En effet, il est instructif de se pencher sur les données chiffrées qui mettent en évidence une évolution phénoménale dans ce domaine : en 1985 : 29,4 % d’une tranche d’âge acquiert le fameux diplôme, 61,2 % en 1999 et 79,7 % en 2019…

Une clarification s’impose cependant quand on manipule les données chiffrées qui sont souvent confondues. Ainsi, pour disposer d’une vision claire de cette question est-il indispensable de différencier :

  1. le taux de bacheliers par tranche d’âge, qui indique le nombre de jeunes qui obtiennent le baccalauréat par rapport au nombre total de jeunes du même âge,
  2. et le taux de réussite au baccalauréat qui, lui, correspond au nombre d’élèves qui obtiennent le baccalauréat par rapport au nombre de candidats.

Ainsi pour l’année 2019, le pourcentage de bacheliers dans une génération s’élève-t-il à 79,9 %, alors que le taux de réussite lui, est de 88,1 %.

Comment en arrive-t-on à un tel niveau de réussite avec de si faibles résultats aux évaluations des performances en fin de scolarité primaire, confirmés par des scores tout aussi médiocres pour celles conduites en fin de troisième, à la sortie du collège ?

Une partie de la réponse est sans doute à chercher dans les nombreuses filières qui mènent aux différents baccalauréats et la lecture de quelques données chiffrées concernant la répartition des candidats entre les différentes séries permet une première approche de la question.

Ainsi, pour ce qui relève de l’année 2019 trouve-t-on :

  1. 51 % des candidats dans les séries générales, avec un taux de réussites aux épreuves de 91,2 % ;
  2. 21 % dans les séries technologiques, avec un taux de réussite à 88,1 % ;
  3. 28 % dans la voie professionnelle, avec un taux de réussite à 82,3 %.

(Source Ministère de l’Education Nationale – D.E.P.P.)

Cette répartition n’est pas étrangère à l’évolution considérable du taux de réussite à l’examen qui sanctionne la fin des études secondaires. En effet, en 1985, Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’Education nationale, s’alarme que seulement 30 % d’une tranche d’âge passent l’examen. Il souhaite alors élever le niveau général d’instruction de la population, pour des raisons sociales et économiques, et donne à son ministère l’objectif de porter ce taux de réussite à 80 %. Ceci devant constituer le moyen de résoudre l’important problème du chômage et de résorber le retard technologique que connaît alors la France et que certains expliquaient par un trop faible accès des jeunes à l’enseignement supérieur. Jean-Pierre Chevènement crée alors les filières professionnelles qui permettent à des élèves jusqu’alors orientés vers les C.A.P. (Certificat d’Aptitude Professionnelle) et B.E.P. (Brevet d’Etudes Professionnelles) de suivre un cursus de baccalauréat professionnel en trois ans.

Séverine Maublanc, dans un très intéressant article paru le 19 juin 2019 dans le journal Le Figaro-étudiant, revient sur cette remarquable évolution : « Ainsi en 1947, la population de bacheliers dans une génération s’élevait-elle à 4,4% pour atteindre aujourd’hui 79,9 %. ». Elle reprend à juste raison, les données chiffrées qui mettent en évidence une évolution quasi similaire des mentions accordées aux candidats au baccalauréat : « Dans les années quatre-vingt-dix, 1 % des élèves décrochaient la mention Très Bien, alors qu’aujourd’hui, ils sont 13 %. » A ce miracle, Severine Maublanc apporte une explication bien pertinente : « Plus qu’une hausse générale des élèves, la multiplication de ces mentions semble davantage liée au jeu des options et à leurs coefficients favorables. »

René Chiche, faisant référence à ses trente années de correcteur d’épreuves du baccalauréat constate, lui, que « ce qui est nouveau, c’est que les productions d’une extrême pauvreté représentent désormais la plus grande part des copies, si bien qu’on a tendance à tenir pour bonnes des copies seulement médiocres…/… (dernier exemple puisé dans) la lecture de cent trente copies dont il est pour la plupart impossible de distinguer la forme. »(p.19)

ET APRES LE BACCALAUREAT ?

Que deviennent donc tous les élèves munis du diplôme qui leur permet d’accéder à l’université ?

Le gouvernement donne lui-même la réponse « 60 % d’échecs au bout de quatre ans à l’université. »

Le premier ministre, Monsieur Edouard Philippe, évoquant cette « terrible sélection par l’échec » considère que ce chiffre a de quoi « vous glacer le sang ». (Journal Le Monde, 31 août 2017)

Madame Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur veut partir en guerre contre cette situation : « Il est urgent de mettre fin à ce taux de 60 % d’échec en première année à l’université. » (Journal Le Monde, 22 août 2017).

Sur une Note Flash du SIES du Ministère de l’Enseignement Supérieur de novembre 2017, on apprend que « 28 % des étudiants inscrits en L1 (première année de licence) en 2012 ont obtenu leur licence trois ans après. Un taux qui grimpe à 41 % quand on prend en compte les étudiants ayant eu besoin d’une année supplémentaire pour achever ce cursus.

Un peu plus de la moitié des bacheliers (53%) sont admis à passer en L2 après une ou deux années passées en L1. » Afin de mieux appréhender cette problématique du premier cycle universitaire, il convient également d’observer les parcours des bacheliers issus des différentes filières. Ce même document précise ainsi que « 8% des bacheliers professionnels parviennent en L2 après un ou deux ans en L1, soit six fois moins que la moyenne. Il en est de même des bacheliers technologiques : leur taux de passage en L2, de 23 %, est inférieur de plus de la moitié à la moyenne. »

Des chiffres officiels qui corroborent encore aujourd’hui les propos de J.P. Brighelli en 2005 : « La grande masse des échecs ne s’étale plus avant le bac, mais après. On a déplacé le problème, on ne l’a pas réglé…/… On recrute aujourd’hui au niveau licence ceux que l’on recrutait il y a quinze ans au niveau bac. »

Et l’auteur de « La Fabrique du Crétin » de mettre le doigt sur « la plus grande supercherie du système. Une formation scolaire préprofessionnelle ne sera jamais adéquate, parce qu’elle enferme l’élève dans des bornes toujours trop étroites. On le calibre pour un métier à la mode qui ne le sera plus lorsque sa formation sera achevée. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est avec de solides connaissances générales, non avec une spécialisation pointue, que l’on peut s’adapter. »

COMMENT EN EST-ON ARRIVE LA ?

Constat accablant, certes, mais les causes ?

Les responsabilités de ce « quasi-illettrisme » sont pour René CHICHE clairement identifiées : « On ne sait pas écrire parce qu’on n’apprend pas à le faire, et on ne maîtrise pas correctement le français parce que le français n’est pas correctement enseigné. » (P. 21), rejoignant ainsi l’analyse du Ministère de l’Education nationale.

UN DEFICIT DE MAÎTRISE DE LA LANGUE

Pourquoi René CHICHE insiste-t-il donc tant sur la maîtrise de la langue française ? « Il faut comprendre que tout dépend du langage. Il n’est pas seulement la condition de la pensée, il en est l’élément, c’est-à-dire ce qui lui permet de se retrouver. La pauvreté du vocabulaire, mais aussi une syntaxe plus qu’approximative et des solécismes généralisés rendent impossible toute réflexion ou, à tout le moins, la compromettent. Celle-ci se limite alors à des réflexes conditionnés, des associations d’idées déversées dans un chaos impressionnant, un bavardage d’une confusion extrême où il est en réalité difficile de deviner la trace d’une quelconque pensée. » P.23

W. von Humboldt (1787-1835), philosophe prussien, fondateur de l’Université de Berlin, avait, lui, élaboré le concept de « forme de la langue » développé dans son ouvrage « Introduction à l’œuvre sur le kavi » dans lequel il mettait en évidence l’effet retour de la langue sur la pensée. Centrant son étude sur la nature de la langue, il rédigea ainsi « Les différences de construction du langage de l’humanité et son influence sur le développement spirituel du genre humain. »

Lev Semionovitch VYGOTSKI (1896-1934), considéré comme le fondateur de la psychologie soviétique, développa, à partir d’une vaste culture scientifique étayée par de nombreux travaux expérimentaux, de pertinentes analyses sur la signification « du mot comme unité de la pensée et du langage. » (Pensée et langage- Editions sociales -1985).

A l’appui de ces recherches, les travaux plus contemporains de Léra BORODITSKY, scientifique cognitive qui enseigne à l’Université de Stanford, spécialiste de l’influence du langage sur la pensée a mené de nombreuses études qui mettent en évidence l’influence de la langue sur la conception du monde. Ainsi affirme-t-elle que « Notre langue influe même sur la manière dont se forment nos opinions. »

EVOLUTION DE L’ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS

René CHICHE vitupère la diminution constante des heures d’enseignement disciplinaire, tout particulièrement pour ce qui relève de l’enseignement du français. L’examen attentif de l’évolution des horaires consacrés à l’enseignement de la langue ne peut que lui donner raison.

Dans l’enseignement primaire, un élève sortant du CM2 aujourd’hui a bénéficié de 10h de français de moins par semaine qu’un élève sortant de CE en 1926. Des études très approfondies menées par Marie DURU-BELLAT et Pierre BRUNO dans le cadre de l’ IREDU (Institut de Recherche sur l’Education) ont mis en évidence une évolution très négative du volume horaire accordé à l’enseignement de la langue française.

« Aperçu synthétique de l’enseignement du français 1880-2010 » : Agnès Joste : article faisant suite à l’étude effectuée par elle-même et Philippe Le Quéré, dans le cadre du GRDS (Groupe de Recherche sur la Démocratisation Scolaire) :

1882 : 2h de français tous les jours ; (semaine de 30h réparties sur 5 jours de classe) ; l’année scolaire comprend 223 jours soit 1338 heures de classe ;

1923 : horaires plus stricts ; plus de la moitié du temps de classe en C.P., plus du tiers ensuite, dans le cadre d’une semaine de 30 heures ;

1969 : les horaires hebdomadaires de français passent de 15 à 10 h ;

1995 : 9h, avec allègement des programmes de grammaire ;

2005 : 10 h hebdomadaires (semaine de 24 h.) sont consacrées à des activités quotidiennes d’oral, de lecture et d’écriture qui prennent appui sur l’ensemble des champs disciplinaires ;

2019 : 10 h hebdomadaires (semaine de 24 h.) sont consacrées à des activités quotidiennes d’oral, de lecture et d’écriture qui prennent appui sur l’ensemble des champs disciplinaires ; année scolaire de 194 jours soit 864 heures de classe. (M.E.N.)

Ainsi, non seulement on a diminué le temps global d’enseignement, mais tout particulièrement celui de l’apprentissage du français, tout en assignant à l’école de nouvelles missions (anglais, sécurité routière, éducation à la santé et à la citoyenneté, etc.) et en lui demandant de« s’ouvrir au monde » (classes de découverte, classes d’art, sorties multiples, etc.). De nouvelles activités auxquelles s’ajoutent les journées spécifiques consacrées à diverses actions à finalité bien évanescente, dont l’influence sur les résultats scolaires n’est absolument pas perceptible.

Dans l’étude de l’IREDU sur le temps scolaire, Marie DURU-BELLAT montre que dans les années 60-70, le volume horaire consacré au français et aux langues vivantes et anciennes est passé au collège de 13 h hebdomadaires à 7 h 50…

Jean-Paul Brighelli rappelle à juste titre les conclusions du rapport que M. Jean Ferrier, Inspecteur Général de l’Education nationale, remit à Ségolène Royal, après neuf années d’application de la loi d’orientation Jospin : « Ce rapport, resté confidentiel, est sans appel : De 21 à 35 % des élèves qui entrent au collège ne maîtrisent pas le niveau minimal des compétences dites de base en lecture et en calcul. »

Pour l’auteur de La fabrique du crétin, la source de la faillite du système scolaire, c’est l’école primaire. Il émet deux hypothèses pour tenter d’expliquer ce naufrage. « Une  explication  interne : pour constituer le crétin auquel aspirent les ultralibéraux et les néo-libertaires, autant opérer au départ – à l’apprentissage de la lecture. » René Chiche, lui, ne partage pas cette mise en accusation : « Ce ne sont pas les professeurs qui sont responsables de cette situation. La plupart d’entre eux la déplorent, et tous la subissent. Les explications sont à chercher ailleurs, du côté de l’institution et de la façon dont elle est administrée en particulier. » P.25

En filigrane de l’ouvrage de René Chiche transparaît la sourde colère du professeur que l’on empêche de diffuser le savoir : « Qu’au propre pays de Descartes, de Molière et de Balzac, la langue française soit devenue, pour un grand nombre, une langue presque étrangère devrait pourtant suffire à nous alerter sur l’ampleur du mal et l’urgence de reconstruire une école digne de ce nom. Une école digne de ce nom est une école qui instruit. Pour ce faire, il faut d’abord la mettre à l’abri de tous ceux auxquels on a jusqu’à présent si légèrement confié le soin de saccager cette institution fondamentale de la République sous couvert de la réformer. »

La mise en place du Socle Commun de Connaissances et de Compétences par François Fillon répondait aux attentes du sociologue François Dubet qui se réjouissait de constater que « « les savoirs du collège sont réglés sur ce que doit savoir le plus faible des élèves quand il sort », seule garantie selon lui contre les inégalités. ( Article d’Agnès Joste)

Des attentes à minima qui ne trouvent pas davantage l’appui de notre professeur de philosophie : « L’enseignement commun à tous, qu’on appelle « le socle commun de connaissances, de compétences et de culture » n’est plus constitué que d’épluchures bonnes à nourrir la basse-cour et impropres à sustenter l’esprit de jeunes gens qu’on prive délibérément de saine nourriture. » (P. 58)

Quand on sait l’importance du lien entre le langage et la pensée, on ne peut que s’inquiéter de cette évolution. En effet, la maîtrise de la langue concerne fondamentalement toutes les disciplines car comment appréhender les mathématiques, l’histoire, la géographie, les sciences, quand on a une connaissance approximative de la syntaxe, un vocabulaire élémentaire ou une maîtrise embryonnaire des connecteurs, qu’ils soient logiques, spatiaux ou temporels…

MAIS QUE FAIT DONC LE MINISTERE DE L’EDUCATION NATIONALE EN CHARGE DU PILOTAGE DU SYSTEME ?

Les directives du Ministère de l’Education nationale mettent l’accent sur la fonction de communication du langage, or, ainsi que l’écrit René CHICHE, la maîtrise d’une langue « ne s’obtient à son tour que par la pratique assidue de la lecture et de l’écriture. A contrario, rien n’entrave davantage la constitution et la conscience de son identité, qu’elle soit nationale aussi bien qu’européenne, que le fait de négliger la culture dans l’apprentissage des langues en les réduisant à de simples moyens pour communiquer. » (P.38)

René CHICHE fustige le Ministère qui fut jusqu’en 1932 celui de l’Instruction publique pour devenir, sous le gouvernement d’Edouard HERRIOT, celui de l’Education nationale auquel notre auteur reproche de « confondre l’instruction avec la « réussite », terme dont le ministère de l’éducation se gargarise alors que, ce faisant, il abandonne l’objectif d’instruire, qui est sa raison d’être. » (P.59)

Et de poursuivre dans ce sens : « L’objet de l’instruction est la formation de l’intelligence, c’est-à-dire de l’esprit. » (P.62)

Evoquant l’état de délabrement de l’école, il met les gouvernants qui se sont succédé en accusation. Ils sont, pour lui, responsables d’avoir transformé l’école en « service public d’éducation » transformant ainsi la plus noble institution en « service » et les élèves en « usagers ». Or pour notre professeur de philosophie, « Instituer, c’est fonder un ordre, donner un cadre, marquer des repères, assigner enfin des places aux uns et aux autres. » P.150

« La désinstruction n’est qu’une des manifestations spectaculaires d’une crise de l’éducation, d’une crise de l’autorité, et notamment de l’autorité républicaine. » P.152

Evoquant cette démission de l’Education nationale René Chiche met en accusation le pilotage de l’institution « dirigée par des zombies qui n’ont d’émotion et d’intérêt que pour leur carrière et se fichent autant de l’institution qu’ils servent que des personnes sur lesquelles ils prétendent avoir autorité. » Notre auteur convoque comme témoin à son procès de la haute administration de l’E.N. le Recteur Alain Morvan, qui fut responsable de l’académie de Limoges avant d’être remercié, qui livra, dans son ouvrage « Mémoire d’un recteur karchérisé » « un tableau édifiant de ce mélange indigeste d’obséquiosité, de médiocrité et de cynisme qui fait que ce ministère, surtout aux étages supérieurs, trahit sans vergogne certaines des valeurs qu’il charge pourtant les professeurs de transmettre à la jeunesse.» P.143

René CHICHE illustre les dérives de l’institution à partir de pièces à conviction puisées dans sa longue carrière d’enseignant et met en évidence la profonde mutation qui a fait entrer dans le système éducatif les principes managériaux dévolus au monde de l’entreprise privée. C’est ainsi qu’apparurent les « personnels de direction » et les « directeurs des ressources humaines » appelés à « gérer » les nouveaux « professeurs des écoles » qui remplacent les « instituteurs » qui firent, eux, la gloire de l’école républicaine.

Enfin, reprenant les termes de récentes réformes qui donne mission à l’école de « garantir la réussite de tous », René CHICHE d’affirmer que « Réussir n’est pas un droit, sauf à considérer que le travail scolaire, qui seul en est la cause efficiente, ne soit lui-même qu’un fastidieux et inutile détour dont de plus courts chemins pourraient nous dispenser, pourvu que nous puissions payer par exemple, ou qu’on se mette à réclamer la réussite à coups de pétitions. » P.219

UN SYSTEME EN MUTATION, TRAVERSE PAR LA CULTURE ECONOMIQUE.

La nouvelle organisation de l’institution a ouvert toutes grandes les portes de l’administration à des gestionnaires n’ayant parfois aucune expérience dans le domaine de l’enseignement, mais ceux-ci, ainsi que l’affirme René CHICHE, « sont en passe de mettre la main sur la totalité de l’encadrement de l’Education nationale et d’en chasser définitivement les professeurs. » P.197

Elargissant son propos, René CHICHE en profite pour régler son compte à la mondialisation qui « engendre parmi d’autres dégâts bien connus parce que plus spectaculaires, la disparition presque quotidienne de nombreuses langues et, parallèlement, l’émergence d’une autre qui se veut universelle. Cette dernière est une sorte de « globish » vaguement emprunté à l’anglais dont certains voudraient imprudemment que l’école assure l’apprentissage dès les petites classes parce que sa maîtrise serait une condition pour « réussir » dans le monde. » (P.35)

J.P. BRIGHELLI allait sans doute plus loin dans son analyse lorsqu’il mettait en cause les deux projets qui, pour lui, « ont détruit en une vingtaine d’années ce que la République a mis un siècle à édifier ». Outre le projet libertaire post-soixante-huitard qui voulait en finir avec l’école du père, au sens œdipien, le second projet, à peu près contemporain, naquit avec le néo-libéralisme qu’il analyse en ces termes : « Il s’agissait, cette fois, de formater l’individu dont l’économie moderne avait, paraît-il, besoin : un être sans passé, sans histoire, sans bases. Un epsilon polyvalent, comme aurait dit Huxley (Le Meilleur des Mondes), susceptible de passer, sans protester, de CDD en intérim et en ANPE. Un crétin, taillable et corvéable à merci, au nez duquel on agiterait le chiffon rouge de trois millions de chômeurs qui, peu ou prou, sont nécessaires à la parfaite obéissance des travailleurs intérimaires. » P. 20-21

Une responsabilité du système à tuer les peuples que l’on retrouve sous la plume de René Chiche : « Entre le maintien dans la plus crasse ignorance d’une population entière qu’on dirige au fouet et la distribution de connaissances approximatives qui n’instruisent personne à toute une génération restée par ailleurs quasi illettrée, il n’y a qu’une différence de degré, pas de nature. »

UNE GUERRE CULTURELLE ?

Il est clair que pour nos deux auteurs, la maladie du système scolaire français n’est qu’une métastase du cancer libéral qui tue les sociétés humaines et leurs cultures en faisant du plus petit dénominateur commun des savoirs l’objectif universel des connaissances à acquérir par les nouveaux esclaves du profit financier.

Pour René Chiche, « Il en va en réalité de la civilisation elle-même qui ne vit et ne survit que par la transmission de ses œuvres aux générations suivantes…/… Si l’on persiste à déshériter la plupart du patrimoine de l’humanité, à commencer par cette langue subtile où son génie est en dépôt, qui donc sera en mesure, au cours des prochains siècles, de se reconnaître en Platon ou en Montaigne ainsi qu’en son voisin ?

Parce qu’elle conditionne ce qui nous est le plus intime, à savoir nos propres pensées, la langue forme une part essentielle de notre identité individuelle et, qu’on le veuille ou non, le caractère national des langues fait aussi de cette identité individuelle une identité nationale, non pas politiquement, mais anthropologiquement et culturellement. » P.42

«  On est un Français, un Anglais, un Allemand, un Italien, un Bulgare, parce qu’on pense et qu’on sent les choses au travers de sa langue et de ce qu’elle charrie. » P.43

Parmi toutes les fonctions dévolues à une langue, René Chiche insiste à juste raison sur  la fonction politique. «Toute langue est nationale…/… Elle participe au fait national encore plus sûrement que n’importe quelle autre institution et que n’importe quelle autre coutume. Il en résulte que la question de l’apprentissage des langues en général et de la langue française pour ce qui nous concerne comporte, parmi toutes ses dimensions, une dimension politique. » (P.35)

Dans un numéro de la Revue de Philosophique de la France et de l’Etranger paru en 2006, Henri Dilberman montre comment Humboldt insistait sur « l’impact du caractère national sur l’expression de la pensée. Quels que soient les changements que lui imprime peu à peu le temps, une langue demeure la même tant que le peuple qui la parle demeure le même…/… Une langue n’est pourtant, en première analyse, qu’une émanation du génie national, la totalité du parler inséparable de l’expression quotidienne des individus…/… La forme de la langue explique que, chez un peuple donné, la pensée s’exprime sous un mode déterminé, selon des règles déterminées. Cette forme spontanée est l’expression du génie d’une nation. Elle s’accorde à la psychologie de l’individu, tributaire de celle de la nation. Elle est la condition de la liberté et de l’aisance de son expression »

CONCLURE SUR UN CONSTAT D’ECHEC OU BRANDIR LE DRAPEAU D’UNE REUSSITE A VENIR ?

J.P. BRIGHELLI avoue avoir été tenté de conclure son analyse par « L’école se meurt, l’école est morte. » et d’ajouter : « Il n’y a pas eu de faillite du système – bien au contraire. Le Crétin est l’idéal des sociétés postindustrielles et l’école est, aujourd’hui, le moteur de cette déqualification. » P.205

L’auteur de La Fabrique du Crétin  rappelle fort à propos que  « Les peuples qui aujourd’hui ont les systèmes éducatifs les plus performants, en particulier en Asie, sont accrochés bec et ongles à leur culture. Est-ce un hasard ? Ils sont entrés bien avant nous dans le IIIème millénaire, une main sur le clavier, l’autre sur le sabre de samouraï ou le pinceau à calligraphier. »

On ne peut que lui donner raison d’élargir le débat sur l’école à celui sur la société en évoquant le projet éducatif européen imprégné de libéralisme, techniciste et minimaliste. Et d’appeler à une révolte qui vient d’ailleurs peut-être d’éclore en décembre 2018 : « Laisser faire, aujourd’hui, c’est accepter tout ce que le système projette pour demain – un univers orwellien qui n’aura plus les moyens de réagir. Soit, de toute urgence, nous reprenons en main notre destinée intellectuelle – et politique. Soit nous pouvons tirer un trait sur l’idée même d’éducation. Il en est de l’enseignement comme de l’économie de marché. Des peuples, partout, s’inventent aujourd’hui une économie alternative. Le capitalisme n’est pas l’aboutissement de l’histoire – il n’en est que le dévoiement, à l’usage de quelques-uns. »

J.P. Brighelli n’en appelle pas à une énième réforme, mais lance un appel au peuple qui doit reprendre en main son destin, dans le domaine de l’éducation comme dans les autres…

Entre la nostalgie de l’école de Jules Ferry et le laisser-aller destructeur favorisé par les différentes réformes issues des mouvements égalitaristes post-soixante-huitards, il existe une perspective aux voies multiples qui doit permettre de donner à chacun l’enseignement qui lui permettra de s’épanouir en fonction de ses capacités réelles et de s’inscrire dans un projet de société débarrassé d’un libéralisme destructeur des identités nationales et individuelles. Pour ce faire, il faudra abandonner le dogme de l’égalitarisme qui a mené le système scolaire à sa perte, mais reconnaître les différences qui doivent être prises en compte et accompagnées dans un système scolaire capable de concilier exigence et humanisme. Il ne s’agit plus de réformer l’école, mais de transformer la société en sortant de la spirale mortifère du mondialisme libéral.

Jean LEFEUVRE

21 thoughts on “Etat des lieux du système scolaire français : un constat alarmant

  1. Et comme l’auteur a choisi de rester dans le registre du ‘pc’ (politiquement correct), il « oublie » de signaler qu’une autre raison de la dégringolade du système éducatif français est la croissance rapide de l’immigration extracommunautaire et du multiculturalisme. Nos classes de primaire, nos collèges et nos lycées, notamment dans les zones dites sensibles (et à fortiori dans les territoires de « reconquête républicaine »), sont remplies d’individus qui 1/ne peuvent pas apprendre et 2/ne veulent pas apprendre dans le système de l’ennemi, LA FRANCE, qu’ils détestent au plus haut point…

    1. Non
      Pas de probleme a cet endroit.
      Il faut aller voir les travaux ( et ouvrages) de Celine Alvarez pour constater que le succes pour tous est possible ( primo arrivant ou non) et meme plus, que le multiculturalisme est lui meme porteur d instruction interpersonelle a condition d identifier cette ressource et d en faire qq chose evidemment.
      A condition de le vouloir
      A condition de se rendre indepedant d une technocracie elle meme en defaut car embourbée dans ses dogmes ou ses malhonnetetés politiques.

    2. Mensonge! Pourquoi tout mettre sur le dos de l’immigration ? Pourquoi dans ce pays tout ce qui est mauvais est aux étrangers et personne ne son courage pour voir la réalité en face? Posez vous les bonnes questions,essayez de voir tout ce qui se passe dans le monde. Peut-être avec une bonne foi,vous direz un jour que le problème de ce pays n’est vraiment pas les étrangers mais quelques choses ne clochent pas au sein même de cette société.

      1. Dans ma classe ce sont des enfants d’immigrés les 3 premiers de classe… idem dans celle de ma collègue. Certains petits français -comment diriez vous … « pure souche? » – n’en ont rien à faire de maitriser leur langue.

    3. Sans aller dans le sens de votre interprétation, »l’ennemi c’est la France »à mon avis exagéré lorsqu’il s’agit d’enfants,ma longue expérience de professeur en banlieue parisienne m’a cependant permis de constater que l’éducation nationale n’est pas adaptée à l’accueil convenable de quantité d’enfants dont les parents ne maîtrisent ni la langue française ni la culture française,n’ont jamais été scolarisés pour certains,ne comprennent ni les enjeux ni les règles de l’école, qu’ils voient soit comme une garderie à leur service, soit à l’opposé, comme une institution dont ils attendent tout(qu’elle fasse de leur fils un grand chirurgien ou un brillant avocat)sans qu’ils n’aient à intervenir à aucun moment dans le processus.
      Je n’ai pas la solution miraculeuse, mais nos sinistres de l’EN devraient se pencher davantage sur l’intégration des parents et des enfants des pays non européens dans la société française, l’école n’étant pas un îlot isolé de la société mais une micro société en faisant partie intégrante.
      Dans certaines zones, ces parents étant majoritaires,il ne faut surtout pas regarder gêné de l’autre côté, faire semblant de ne pas voir le problème, mais au contraire trouver de vraies solutions afin qu’ils adhèrent au projet éducatif et pédagogique qui leur est offert. Plus de mesurettes démagos, de vrais projets en amont et à long terme, des moyens économiques et humains, seront indispensables à l’EN pour résoudre ce problème et bien d’autres.

  2. Dans les années 30 ( dixit feu mon pere ) on faisait du grec , du latin et de l’allemand en classes de certificat d’etudes . Cherchez l’erreur .

  3. La grande hétérogénéité et l’inclusion scolaire dans les classes qui demandent aux enseignants de construire de la différenciation et des protocoles individuels chronophages, de plus en plus nombreux laissent moins de temps pour les enseignements aux élèves dont la progression est régulière .

    1. L’école ne peut pas tout ! Nos élèves évoluent dans une société qui laisse de moins en moins de place aux savoirs et valorise la réussite financière plus qu’intellectuelle .. c’est pas grave si tu sais pas parler du moment que tu fais le buzz !

    2. Fascinant, ce mythe récurrent du fameux « âge d’or » et du « c’était mieux avant ». Faut-il rappeler à ces acerbes critiqueurs de l’éducation contemporaine que ce sont des Français instruits et éduqués « à l’ancienne » qui furent très majoritairement collabos ou attentistes en 39/45, colons tortionnaires et sanguinaires pendant quelques siècles dans nos bonnes vieilles colonies? Vaut-il mieux être un grand penseur fort instruit mais sordidement antisémite à la Céline ou un soi-disant «  jeune crétin désinstruit » d’aujourd’hui?
      Vaut-il mieux une société où 20% d’une classe d’âge (les plus riches et puissants, bien sûr) accèdent au savoir et à la pensée, ou un monde libéro-pourri où 80% de la même tranche d’âge accède à un savoir morcelé et à une pensée appauvrie ?
      La critique est aisée mais l’Art est difficile…
      Les « Faut qu’on-y a qu’à » sont une espèce prolixe et prospère.
      Alors oui, la massification de l’éducation ne se fait pas avec aisance et bonheur, certes la qualité de la pensée et de la culture générale y a laissé beaucoup de plumes, et c’est fort dommage. Mais en dehors de quelques nostalgiques d’un hypothétique et illusoire paradis perdu de l’instruction, qui a vraiment envie de revenir aux temps où 20% de riches lettrés régnaient sans partage sur 80% de la « populace » alors si facile à embrigader dans des partis et syndicats formatés, bien encadrés par une élite héréditaire qui n’avait de républicaine que le nom?

  4. Comment repenser tout un système pour une nation qui n’a plus de « père », comme le dit très justement Mr Zemmour, et de repères ? À trop vouloir libérer les individus de contraintes (dont l’apprentissage sérieux de notre langue et de nos valeurs !), on finit par se perdre dans une jungle où seuls comptent l’hyperconsommation de tout et la surcommunication à tout va sur beaucoup de rien ! Ce qu’il manque à la France, c’est un peu de discipline !

  5. Puisque les études greco-latines avaient fait leurs preuves, pourquoi refuser à tous la chance d’en bénéficier ? Depuis 25 ans, je le fais dans une école indépendante et familiale que j’ai fondée en Belgique (Schola Nova). Les élèves de tous milieux y PARLENT latin avec passion. Pourquoi, devant notre réussite manifeste, si peu de gens viennent nous demander conseil pour instruire leurs enfants, c’est ce que je ne comprend pas. Parents, vous avez droit à cela. Ne laissez pas crétiniser sciemment vos enfants, nom de nom !

  6. Toute la psychanalyse, lacanienne en particulier montre comment un sujet est constitué par sa prise dans la langue de sa contrée, dans laquelle il puisera les signifiants qui viendront donner sens à ce qu il voit et à sa place dans ce monde – de même que ce langage lui permettra de nouer et contrôler son système de jouissance. Les parents parlent et transmettent de moins en moins à leurs enfants, des enfants abandonnés de plus en plus a des écrans, qui ne leur parlent pas. Des centaines d etudes de sociologie montrent les effets dramatiques sur la scolarité future du nombre d’heures par jour devant des écrans. D autres sociologues, comme marcel Gaucher montrent comment nos repères hétéronomiques ont disparu en même que disparaissait la référence au divin et ensuite au père. Le néolibéralisme accompagne les premières générations qui n’ont pas connu ces anciens repères, et les dyslexies/dysorthographies/dysgraphies explosent partout dans les cultures occidentales modernes, qui comme les petits enfants ne sachant éduquer leur jouissance pulsionnelle, ctd la faire passer SOUS la barre du langage et de la règle commune, se soumettent pour leur malheur au nouveau mythe d’une jouissance sans limitte de tout les biens qu il prend comme objet de son désir. Nous sommes tous atteints par les effets de ces structures de discours sur nos pensées, notre civilisation marchande universelle avec ses bulles imaginaires et financières, n’est plus canalisée par un héritage culturelle abandonné en chemin, et elle supporte de moins en moins de regarder en face les réalités qu elle provoque : isolement des individus, guerres de prédation partout, misère grandissante, et destruction des nations et de toutes les constructions sociales de passé. Chacun de nous en est acteur, que choisirons nous de faire ?

  7. Il y a de très nombreuses années Ue je le dis .
    Depuis François Mitterrand..Avec le bac pour tous ???? Cet homme à menti , volé, un veritable magouilleurs de la république Française, jamais cet homme aurait du passer . Depuis la FRANCE est en galère grace à lui .
    Il faufrait tout refondre, puis tous recréer…
    Bravos E.Macron qui s attaque au font du tous les sujets ..Pour le bien être de la France il devriez rester au moins deux à trois mandats ….sincèrement. ne plus previliger les enseignants .

    1. Ah je commençais à m’inquiéter de ne pas voir de propos sur ces feignasses de profs privilégiés! Voici une Solange qui n’a rien compris à l’article et qui en veut à … Mitterrand. Macron, Mitterrand, Sarkozy…ce sont tous les mêmes : ils ont participé à l’appauvrissement de l’ Éducation Nationale.

  8. On fait de plus en plus d éducation et on enseigne de moins en moins. …si les parents faisaient leur boulot….
    Et tout le monde ne peut pas devenir ingénieur. …heureusement. …mais ça, c’est pas politiquement correct

  9. Bonjour à tous, je n’ai pas lu tous les commentaires mais fais partie de cette génération qui a commencé à chuter. En parlant aux anciens je me rendais compte de la différence de culture et de langage.
    Aujourd’hui je suis institutrice et professeur en même temps. Je vois les lacunes du primaire mais suis obligée de me plier à un programme. Avec des corrections aberrantes, on ne compte pas l’orthographe en production d’écrit en cycle 3, on essaie de trouver des points pour mettre la note maximal, une copie vierge??? Certaines copies elle peuvent avoir 30/20!!!!
    Le manque de vocabulaire m’a choqué ma première année et plus encore cette année où j’explique beaucoup de mots à mes élèves quelques soit leur âge ( de cm1 à bts2)
    Le manque d’intérêt, de curiosité et d’envie d’apprendre pour simplement savoir.
    Je n’ai pas assez d’expérience pour proposer des solutions mais pense qu’il faut arrêter de solliciter les enfants dans tous les domaines en même temps et reprendre les bases, lecture, compréhension, connections, élaborer une réponse ou un plan…
    Merci pour cet article.
    Pour finir je dirais que l’immigration a peut-être rendue la tâche un soupçon plus difficile mais si l’on travaillait les bases, cette population, parfois présente depuis plusieurs générations, ne serait pas un poids mais une force.

  10. Bonjour,
    Je suis enseignant.
    Vous vous posez la question : mais pourquoi tant de différence entre la réussite au bac et les résultats ‘réels’?
    Réponse l’harmonisation des notes.
    Quand vous corrigez le bac et qu’on vous demande de rehausser toutes les notes de 5 points pour harmoniser… Il est important qu’il n’y ait pas trop de redoublants car sinon le mécanisme s’enraye. Trop de places libres en fac et trop d’élèves en terminales… Il ne faut.pas rever, on donne le bac comme le brevet d’ailleurs… Donc désolé il est tout a fait normal qu’il y ait une telle différence entre les bacheliers et leur niveau réel vis à vis des bacheliers européens.
    Désolé de vous avoir ouvert les yeux..
    Bien cordialement

    1. Ne plus privilégiez les enseignants … On y est déjà , non? Je fais un travail à la hauteur de mon salaire… bien bas en France… Bcp de démissions en ce moment, manque de profs. La destruction de l’éducation nationale est en marche toute! Alors heureuse, Solange? Vive la France de Macron ! Vive les riches! A bas les pauvres!

      1. mon message était destiné à Solange – post plus haut… Courage aux professeurs d’oeuvrer pour maintenir à flots cette éducation nationale bientôt privée par Blanquer JM.

  11. Merci.
    Prof moi-même je suis consciente et désolée chaque fois que l’on me convoque à une commission d’harmonisation, que ce soit pour le Bac ou les BTS…

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