La France interdite de Laurent Obertone, chez Ring éditions
Religions

Faut-il encore faire confiance à l’Église catholique ?

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Depuis plusieurs dizaines d’années, la question de la fidélité à Rome se pose à tous ceux qui, ayant la foi ou pas, pratiquants ou pas, sont attachés aux grands enseignements fondamentaux transmis vaille que vaille par l’Église catholique, apostolique et romaine à travers les siècles. Point n’est besoin en effet d’être dévot pour se rendre compte que notre civilisation, notre douceur de vivre, notre patrimoine artistique, moral et juridique sont l’héritage de la chrétienté majoritaire de notre pays pendant plus de douze siècles. Certains objectent que la France contemporaine est justement le résultat de l’opposition au catholicisme politique mais, la chrétienté elle-même porte en germe cette contestation d’une confusion entre le spirituel et le temporel. Et la rébellion au christianisme est ainsi elle-même un héritage de nos racines chrétiennes.
Que s’est-il donc passé pour que, comme beaucoup d’autres, j’en vienne à me poser la question de la fidélité à Rome et aux structures de l’Église catholique ? Je partage quelques éléments de légitime défiance ou déception.
Le propos de cette tribune n’est certes pas de retracer les péripéties de l’histoire contemporaine du catholicisme. Il y a eu, dans les funestes années 60 si promptes à jeter par-dessus bord le patrimoine moral hérité du temps long, le fameux concile Vatican II, trop imprégné peut-être du fameux “esprit du siècle” pour être tout à fait en phase avec une religion qui se fonde sur la révélation et l’agrégat des expériences et réflexions d’environ cent générations humaines. Notre époque est bien orgueilleuse et prométhéenne, l’Église catholique n’y échappe malheureusement pas. Elle oublie la puissance de son histoire. Au nom de sa nouvelle horizontalité revendiquée, elle a par exemple cessé d’être une référence artistique et culturelle de premier ordre comme elle l’avait été depuis ses débuts. À de très rares exceptions accidentelles près, l’apport artistique de l’Église est négligeable depuis environ cinquante ans. Or, si le beau ne peut se substituer à la foi, il élève l’âme et extrait momentanément l’humain de ses misères pour l’aider à accéder à la transcendance.
On a beaucoup reproché à Rome la raideur de sa discipline sexuelle et familiale, rappelée envers et contre tout et tous par le pape Paul VI, dans son encyclique Humanæ Vitae, il y a juste cinquante ans. Depuis quelques années, la médiatisation spectaculaire des cas de pédophilie au sein du clergé semble faire le procès de cette approche morale jugée rigoriste. L’idée est que le bon peuple s’imprègne une bonne fois pour toutes de l’idée que les curés sont à peu près tous des délinquants sexuels pervers, tandis que les religieuses seraient des vieilles filles aigries, dédiées à se venger de leurs frustrations sur les jeunes filles en fleur. Notons d’abord que ces critiques publiques émanent assez rarement de personnes bienveillantes vis-à-vis de l’Église. Beaucoup de ces contempteurs indignés professent un progressisme bon teint sur les questions sexuelles et un relativisme absolu en matière morale. Mais jugent les curés avec un zèle d’inquisiteur castillan. Ils ne gardent le flou que sur un point, qui est celui de l’homosexualité de l’immense majorité de ces curés pédophiles. Il ne faudrait quand même pas risquer de déplaire au lobby LGBT, encore moins de rapprocher pédérastie et pédophilie… Tout ceci n’enlève rien à la gravité de ces abus, ni à la nécessité impérieuse, pour l’Église, de briser l’omerta et les mécanismes qui rendent possibles la déchéance morale de clercs déjà ordonnés et l’accès à la prêtrise de jeunes gens désaxés ou fragiles.
Mais, sur ce sujet, qui mériterait une ou plusieurs tribunes complètes, je voudrais quand même ajouter deux choses : catholique pratiquant depuis mon enfance, issu d’une famille nombreuse qui l’est également, je n’ai jamais eu affaire à un prêtre ni à un moine ambigu et n’ai jamais eu dans mon entourage connaissance du moindre abus ou comportement déplacé vis-à-vis d’un mineur. Ça vaut ce que ça vaut mais c’est tout de même un indicateur qui compte pour moi, plus, sans doute, que les mélopées d’un certain journal de gauche qui promeut par ailleurs sans vergogne des soixante-huitards pédophiles quand ils ne sont pas curés… 
Un autre front tout à fait différent sur lequel l’Église peut troubler ses fidèles, en particulier ces dernières années en Europe, est celui de l’immigration et de l’identité. Pour dire les choses un peu abruptement, le pape François en particulier donne le sentiment d’abandonner l’Europe aux invasions barbares, et même de vouloir accélérer le mouvement. Le journaliste Laurent Dandrieu a écrit sur ce sujet un ouvrage remarquable, il décrit précisément le désarroi d’une bonne partie de la population catholique qui demeure en France sur ce sujet. Je distingue, pour ma part, trois plans d’analyse sur ce sujet. D’abord, il est absolument normal et conforme à ce qui fonde notre religion que l’Église se soucie des personnes migrantes, comme des mécanismes économiques, des guerres ou des mirages du marketing global qui les poussent à abandonner leur patrie. Et les curés sont dans leur rôle quand ils nous invitent à considérer fraternellement ces personnes qui croisent nos propres destins. D’autre part, l’Église est universelle et l’Europe est depuis longtemps en pleine apostasie. D’un point de vue global et presque « entrepreneurial », on pourrait comprendre la sollicitude plus grande qui se manifeste pour l’Afrique ou l’Asie, qui peuvent apparaître comme les horizons les plus prometteurs pour l’avenir du catholicisme (l’Amérique latine elle-même semble échapper de plus en plus au catholicisme, qui y régnait presque sans partage il y a encore quelques dizaines d’années). Le troisième plan est celui de la culture et de l’identité : je disais plus haut que l’Église avait divorcé d’avec le beau. Et je crois que cette tragique séparation a tout à voir avec le refoulement actuel, en Europe, de la question identitaire par la hiérarchie de l’Église. Celle-ci rejette de façon étonnante son devoir d’acculturation sur le vieux continent après l’avoir tant promu partout ailleurs. C’est une erreur stratégique mais d’abord la conséquence d’errements doctrinaux et pastoraux. Le pape François, à cet égard, accélère une tendance lourde, que pouvaient cacher les papes Jean-Paul II et Benoît XVI, plus sensibles au « laboratoire européen ».
Que faire donc ? Abandonner l’Église et ainsi acter que notre civilisation est morte ? Sur quoi d’autre fonder l’avenir de la France et de l’Europe que sur la chrétienté ? À se laisser emporter par la colère légitime que nous inspirent le pape, certains cardinaux, beaucoup de prêtres et surtout d’évêques, on risquerait de rejoindre les premiers responsables de la déliquescence de notre civilisation, qui ont cru ou feint de croire que nos valeurs se résumaient à un gloubi- boulga humaniste, et que notre nouvel Évangile tenait dans la déclaration des droits de l’Homme.
Pour ma part, je ne quitte pas le frêle esquif dans la tempête. D’abord, je m’efforce de juger les prêtres à l’aune de mes propres faiblesses et insuffisances. Ils ne sont pas à eux seuls l’Église, j’en fais partie comme eux et j’ai ma propre responsabilité individuelle dans l’actuel marasme de l’institution et du monde. Ensuite, je fais usage de mon intelligence, Chesterton disait que l’on devait enlever son chapeau en entrant dans l’église, pas sa tête. Le pape et ses évêques peuvent se tromper sur presque tous les sujets et les conférences de presse fantasques de Jorge Bergoglio dans les avions d’Alitalia ne sont évidemment pas infaillibles. Les sermons du père Jean-Marc à Nanterre, Bressuire ou Gap non plus. Les éditos de La Croix encore moins ! Et puis, j’essaye de me battre comme un homme libre et responsable, pour que le frêle esquif ne sombre pas. Apostrophons nos prêtres et nos évêques, rentrons dans les conseils paroissiaux, dans les conseils d’école. Cessons de subir et de laisser aux autres la conduite du bateau et rappelons-nous avec le grand pape Pie X, que la principale force des mauvais est la faiblesse des « bons ».


Politique, Écologie, Collapsologie, Identité, Islam, Société

Directeur de la publication d’Adoxa ● Libéral-conservatisme | Identité | Résilience territoriale. 

                                                                      

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