La France interdite de Laurent Obertone, chez Ring éditions
Ecologie

La jungle de Calais réappropriée par ses habitants

Ces derniers mois, la ville de Calais dans le nord de la France a entrepris deux projets de réaménagement avec la nature pour noyau afin de retrouver la maîtrise de l’urbanisation de la commune après l’installation, pendant des années, de campements illégaux construits et occupés par des immigrés clandestins.

Le premier se situe dans la partie Est de la ville, sur un endroit précédemment connu comme la Jungle de Calais qui, aux alentours de janvier 2015, constituait l’habitat illégal et précaire de près de  10.000 immigrés clandestins en provenance d’Afghanistan, Soudan, Syrie, Érythrée, Irak, et divers autres pays subsahariens. En octobre 2016, le site fut enfin évacué, démantelé et entièrement rasé, faisant disparaître non seulement les cahutes de ses habitants, mais aussi toutes les autres installations illégales: des restaurants et des boutiques, une mosquée et une église.

Les autorités locales ont décidé de rendre au site sa vocation et sa protection d’origine en transformant les vestiges de la « jungle » en réserve naturelle au moyen d’une “reconquête paysagère et écologique” promouvant la repousse d’une belle flore, dont des orchidées, et la présence d’oiseaux comme les bécassines et les hirondelles de rivage. Un réaménagement présenté comme une opération de “renaturation”.

Aux portes de Calais, les terrains de la lande sont l’objet d’une opération exemplaire de reconquête paysagère et écologique, permettant de redonner à nouveau l’accès aux habitants vers ce site naturel de plus de 400 hectares.

Selon les mots de Michel Agier, anthropologue et directeur de recherche à l’Institut français de recherche pour le développement (IRD) et auteur du livre “La Jungle de Calais“, il s’agit aussi, en réalité, d’une tentative d’effacer l’histoire tumultueuse de ce “brouillon de ville”.

L’image de la ville dégradée

Ce qui indigne les gens de Calais, c’est la mauvaise image de leur ville à cause des migrants venus s’installer illégalement à leur porte avec tous les désagréments que cela à apporter. La nouvelle réserve, ouverte en juin 2018, est une étendue déserte de sable et de buissons, avec quelques étendues d’eaux et des blockhaus abandonnées construites par l’occupant allemand dans les années 40. Les visiteurs peuvent marcher sur un court sentier de bois jusqu’à un observatoire, depuis lequel ils ont une vue sur le paysage en léger contrebas, sur fond de l’autoroute à la circulation intense qui mène au port des ferries et des usines qui ponctuent la zone industrielle de Calais.

Le second projet se situera non loin de là, dans la partie de Calais appelée le Beau-Marais. Une communauté érythréenne y a vécu pendant de nombreux mois, dans un petit bois appelé Little Forest — un des divers toponymes de la géographie alternative de Calais créée par les migrants. Chaque jour, des associations locales leur apportent nourriture, eau et produits de soins personnels, oubliant que des Français qui vivent à leur côté depuis des décennies ont également des besoins élémentaires, eux qui sont complètement ignorées par les autorités. Coincé entre une autoroute, un lycée et un quartier résidentiel, le campement de Little Forest est à proximité immédiate d’autres populations locales. Se côtoyer de façon aussi proche a légitimement généré des tensions — notamment à propos de la gestion des déchets — selon l’association caritative Help Refugees.

La jungle transformée en parc urbain

Le 12 juin 2018, la mairie de Calais a organisé une réunion publique pour présenter ses projets pour cette zone de 2,5 hectares, officiellement connue sou le nom de bois Chico Mendes. Natacha Bouchart, la maire de Calais, a écouté un élu municipal parler du projet à l’assistance. La discussion a longtemps évoqué le bois comme étant le dernier reste de l’historique “beau marais”, le nom de ce lieu-dit, et un habitant du coin a rappelé à l’assistance que la zone boisée abrite une grande variété d’espèces animales protégées, dont les salamandres installées près de l’étang central de la zone, que les installations des immigrés clandestins, aidés par de nombreuses associations subventionnées, viennent saccager en tout illégalité et dans le mépris le plus totale de nos lois. 

Le réaménagement transformera finalement le bois en parc urbain, avec la distinction que des bois sont ouverts tout le temps, alors que les parcs peuvent être fermés. Ce bout de terrain sera désormais entouré d’un grillage pour qu’on ne puisse y pénétrer hors des heures d’ouverture, et il y a des intentions de fixer des caméras aux lampadaires du parc. Un dispositif, selon la maire, qui permettra d’identifier les propriétaires de chiens qui déféqueraient dans le parc. La municipalité a déjà passé commande de la clôture, mais le restant du projet reste purement hypothétique. Plusieurs propositions ont été avancées lors de la réunion de la mairie, comme l’installation d’un terrain de jeu, de sentiers, et d’un terrain de pétanque — où les toilettes et points d’eau brillent par leur absence, le tout pour un coût salé de 1,5 million d’euros. Le calendrier du projet laisse entendre que certains éléments comptent plus que d’autres. Alors que la plus grande partie du réaménagement est planifiée pour 2020, la mise en place des clôtures serait programmée dès août 2018.

 Cet article vous a plu ? Partagez-le !

Adoxa est un nouveau média d’information généraliste. Pour vous proposer un contenu de qualité et régulièrement mis à jour, vos dons nous sont essentiels. Si notre ligne éditoriale et nos publications vous plaisent, n’hésitez pas à nous soutenir!

Soutenir aDOxa infos

La France interdite de Laurent Obertone, chez Ring éditions

Poster un Commentaire

avatar
500
  S’abonner  
Notifier de