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Les sens dessus dessous de l’affaire Benalla (2/2)

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Rôle ambigu de l’intéressé, passe-droits, mensonges, dénis de droit et de démocratie, l’affaire Benalla concentre à elle seule tous les travers de la République des copains et des coquins. Après avoir examiné la naissance de cette affaire et sa gestion catastrophique, nous nous intéressons aujourd’hui à ses zones d’ombre. 
 Jeune garde du corps monté en grade par le fait du Prince, Alexandre Benalla, homme de l’ombre, aura vu son nom soudainement mis en lumière par la presse. Une vidéo le montrant en train de procéder à des arrestations musclées lors des manifs du Premier mai, brassard de police au bras et casque de CRS sur la tête, a mis le feu aux poudres.

Entre simulacre de sanction, passe-droits étonnants, perquisition ubuesque et mensonges avérés de l’exécutif, l’affaire Benalla aura tenu en haleine et choqué les Français, une partie de la classe politique et, une fois n’est pas coutume, la presse.
Alors que le Sénat, à la différence de l’Assemblée nationale, poursuit son enquête en demandant l’audition, mercredi 12 septembre, de François-Xavier Lauch, chef de cabinet d’Emmanuel Macron, aDOXA revient sur les aspects les plus troubles de cette affaire.

Les zones d’ombre

Quelle était réellement la mission d’Alexandre Benalla au sein de l’Élysée ? Le jeune homme faisait partie des chargés de mission rattachés au cabinet de l’Élysée. Sa nomination n’était pas soumise à parution au Journal officiel. Monsieur Strzoda a expliqué qu’il était responsable de la coordination « des services qui concourent aux déplacements officiels du président de la République », et l’intéressé a précisé dans les colonnes du Monde : « Ma tâche consiste à m’occuper des affaires privées du président de la République. Toutes les missions délicates sont pour moi. »
Cette ambiguïté des rôles et des missions attribués à ce collaborateur d’Emmanuel Macron s’était ressentie jusque dans les rangs de la police et des forces de sécurité, c’est ce qu’a dénoncé Olivier Boisteaux, président du Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP), ajoutant que « La confusion des rôles, des missions, l’ambiguïté des fonctions de M. Benalla nous pose de graves problèmes, notamment sur la lisibilité des instructions qu’il pouvait donner à nos collègues ».
De plus, Alexandre Benalla s’était vu confier le projet de fusion des services de sécurité en charge de la sécurité présidentielle. Ce projet était très mal perçu par le Groupe de sécurité du Président de la République (GSPR). Le JDD nous apprend que l’avant-projet avait été validé au plus haut sommet de l’État : « L’idée était de reprendre la main, de devenir autonome par rapport au GSPR, qui dépend de l’Intérieur, d’ouvrir le recrutement à des profils mieux adaptés, tout en ayant la main sur la formation. C’était un projet de la présidence, validé au plus haut niveau. »
Il va de soi que du côté des forces de l’ordre et de la place Beauvau, ce projet était vu d’un mauvais œil. Certains policiers ont même avancé que cette idée n’aboutirait pas, et allaient même jusqu’à refuser d’assister aux réunions préparatoires. Le secrétaire général du syndicat des commissaires précise sa pensée : « Ce jeune de 26 ans qui recadre tout le monde ne pouvait que se créer des inimitiés dans la police […] Le coup vient de l’Intérieur ».
Autre zone d’ombre, la teneur des déclarations, contradictoires, entre le préfet de police et le ministre de l’Intérieur au sujet de la présence d’Alexandre Benalla lors des manifestations du 1er Mai. Sur LCI,nous avons appris que selon le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, et le directeur de l’ordre public (DOPC), Alain Gibelin, c’est Laurent Simonin qui a organisé la venue d’Alexandre Benalla aux côtés des forces de l’ordre, le 1er Mai. Laurent Simonin est un contrôleur général, subordonné à Michel Delpuech et Alain Gibelin. Selon ces derniers, monsieur Simonin ne les a pas prévenus de la venue d’Alexandre Benalla, le 1er Mai. Le collaborateur d’Emmanuel Macron n’était par conséquent aucunement habilité à accompagner les policiers. Seul le préfet de police aurait pu autoriser sa venue.
Cette version est contredite par le général Bio-Farina, du commandement militaire de l’Élysée, qui affirme qu’au cours d’un déjeuner, le 25 avril, Alain Gibelin et Alexandre Benalla ont évoqué les « équipements » fournis à ce dernier à l’occasion de « la manifestation à venir ». « Nous sommes le 25 avril, celle qui doit venir, c’est celle du 1er Mai », explique le général Bio-Farina. Benalla confirme ce récit dans Le Monde et accuse Gibelin de mensonge.
De même, la justification de l’attribution du port d’armes déjà évoquée est quelque peu rocambolesque. Alexandre Benalla s’est vu remettre « illégalement » l’autorisation du port d’une arme légale. C’est à s’y perdre.
Tout aussi nébuleuse est l’explication de la fourniture du brassard de police et du casque de CRS, qui, selon Alain Gibelin, n’auraient jamais dû être remis à monsieur Benalla le jour de la manifestation ; cela fait désormais l’objet d’une enquête pour « usurpation de signes réservés à l’autorité publique ».
Par ailleurs, le collaborateur d’Emmanuel Macron a-t-il vraiment été puni pour ses agissements ? Dans les comptes rendus des différentes commissions d’enquête, il est précisé qu’il a été sanctionné via une mise à pied, mais sans retenue de salaire. C’est en substance ce qu’a déclaré Patrick Strzoda, le 25 juillet, au Sénat. Ceci n’a pas manqué d’agacer l’opposition, qui a bien compris que le jeune homme n’avait pas subi de véritable pénalité. Le jeune homme a même été chercher l’équipe de France de football à l’aéroport et a supervisé le timing de la descente des Champs-Élysées du bus des Bleus jusqu’au palais présidentiel. Il s’est même retrouvé quelques jours en possession de la Coup du Monde. Il a aussi été vu en compagnie du chef de l’État le jour de l’hommage à Simone Veil.
Durant l’enquête parlementaire, Gérard Collomb, pourtant ministre de l’Intérieur, s’est régulièrement montré au bord de l’amnésie. Il a même osé dire qu’il découvrait l’affaire par la presse. La version d’Alexandre Benalla est venue contredire celle de l’ex-maire de Lyon, puisqu’il a déclaré au Monde que le ministre pouvait le reconnaître visuellement et qu’il le tutoyait.
Par ailleurs, comment Benalla a-t-il pu obtenir les images de vidéosurveillance de la manifestation du 1er Mai ? Il dit les avoir obtenues par une personne venant de la préfecture de police, et précise qu’il a transmis ces films à Ismaël Emelien, films visionnés ensuite par l’Élysée. Selon LCI, la détention de ces images pourrait en effet constituer un délit de « recel de détournement d’images issues d’un système de vidéoprotection ».
Autre mystère, malgré sa suspension, on apprend, dans Le Figaro, que les 16 et 17 mai, Alexandre Benalla s’est rendu à l’Assemblée nationale en utilisant son badge H. L’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron est en effet entré dans l’enceinte du Palais-Bourbon le 16 mai, à 14 heures, ainsi que le lendemain, le 17 mai, à 16 heures, après s’y être rendu à plusieurs reprises, mais de façon irrégulière, au mois de mars.
Au moment où l’affaire Benalla bat son plein et en dépit du contrôle judiciaire qui lui est imposé, le chargé de mission n’a pas hésité à se rendre à la fourrière pour tenter de récupérer la Renault Talisman qui s’y trouvait, ce qu’il n’a pu faire. Le jeune homme était a priori mandaté par l’Élysée.
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La détention d’un passeport diplomatique, délivré à A. Benalla le 24 mai 2018, constitue, là encore, un fait troublant. Sa mise à pied venait, certes, de prendre fin. Mais, quelle est donc la portée de cette initiative, lorsque l’on sait par ailleurs que les membres du groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) ne peuvent disposer de ce document ? S’agirait-il d’une forme de « garantie » pour Benalla, en cas de mise en examen ? Ces éléments nous ont été révélés par Valeurs Actuelles.
La poursuite de l’enquête mène les policiers au siège d’En Marche, où ils découvrent trois pistolets non déclarés. De même, lors de la perquisition du domicile d’Alexandre Benalla, celui-ci déclare aux enquêteurs détenir des armes, mais qu’il a préféré les déposer dans un lieu sûr. Le Parisienévoque une perquisition « ubuesque », et la majeure partie de la presse parle de perquisition rocambolesque.
Alexandre Benalla affirme aux enquêteurs, comme si cela allait de soi, avoir procédé au « ménage » de son appartement. Il déclare aussi ne pas en détenir les clés, que seule son épouse conserverait. Il refuse de communiquer les coordonnées de sa compagne, indiquant qu’elle se trouve momentanément à l’étranger. Le serrurier contacté par la police aurait été dans l’impossibilité de se déplacer. Finalement, les policiers décident de reporter l’opération au lendemain et se contentent, dans l’immédiat, d’apposer une scellée sur la porte de l’appartement.
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Le lendemain, les enquêteurs, accompagnés d’une unité spécialisée dans l’ouverture de porte, découvrent que le coffre-fort, supposé contenir les armes d’Alexandre Benalla, n’est plus là. Questionné au sujet de la localisation de l’armoire forte, le chargé de mission répond qu’il ne sait pas, « qu’elle a dû être emmenée en lieu sûr par une personne, mais ce n’est pas moi qui me suis occupé de cela ». Il invoque des mesures de sécurité.
Et, contre toute attente, le parquet a décidé de ne pas élargir les investigations quant à la disparition de coffre contenant les armes, au motif qu’il n’est reproché aucune infraction sur les armes dans ce dossier à Benalla. Il est difficile de ne pas s’interroger sur un lien éventuel entre cette décision et la prochaine promotion du procureur Molins au parquet de la Cour de cassation. L’opinion publique y a plutôt vu un procureur obéissant à l’Élysée, recevant, en retour, une récompense.
Mediapartrappelle pourtant que « l’effacement des traces ou indices » ou « le déplacement ou la suppression d’objets quelconques » afin de « modifier l’état des lieux d’un crime ou d’un délit » sont des délits passibles de cinq ans d’emprisonnement (article 434-4 du Code pénal).
Par ailleurs, pourquoi tant de secrets entourent-ils la mystérieuse compagne d’Alexandre Benalla ? Contactée par les enquêteurs, celle-ci refuse pour le moment d’être entendue et joue à cache-cache avec les policiers. À ce jour, elle n’a toujours pas été auditionnée. 
Enfin, dernier rebondissement en date, le syndicat de police VIGI-MI, partie civile dans l’affaire, a demandé l’audition d’un proche collaborateur d’Emmanuel Macron, Ismaël Emelien, celui-ci étant accusé d’avoir détenu illégalement les images de vidéosurveillance. Selon Mediapart, ce conseiller spécial du Président constitue un personnage central dans ce qui pourrait s’apparenter à un « recel de détournement d’images issues d’un système de vidéoprotection ».

En conclusion

L’affaire suit son cours et la justice poursuit ses investigations. L’homme de main du Président est poursuivi pour « violences en réunion n’ayant pas entraîné d’incapacité temporaire de travail », « immixtion dans l’exercice d’une fonction publique en accomplissant des actes réservés à l’autorité publique », « port et complicité de port prohibé et sans droit d’insignes réglementés par l’autorité publique », « recel de violation du secret professionnel » et « recel de détournement d’images issues d’un système de vidéo protection ».
Comme le note le brillant « youtubeur » Trouble Fait (@1TroubleFait), dans une vidéo sur sa chaîne YouTube, il est intéressant de se demander pourquoi la presse, qui a fait tout ce qui était en son pouvoir pour faire accéder Emmanuel Macron à la présidence, malmenant, pour y parvenir, la démocratie et l’éthique journalistique, déploie maintenant autant d’énergie pour enquêter sur cette affaire. Le paradoxe mérite, en effet, d’être relevé.
Comment, en 2018, une affaire aussi grotesque peut-elle survenir ? Est-ce vraiment ce genre de présidence que nous voulons pour notre pays ?
La révélation de cette affaire montre à quel point l’oligarchie en place peut mépriser les protocoles. L’Élysée n’a pas hésité à modifier la structure même de la sécurité de la présidence de la République, pour placer des personnes peu recommandables et dépourvues des formations nécessaires à des postes cruciaux, aux dépens de personnes assermentées que sont les membres du GSPR.
Eldo Rhaan

Politique, Écologie, Collapsologie, Identité, Islam, Société

Directeur de la publication d’Adoxa ● Libéral-conservatisme | Identité | Résilience territoriale. 

                                                                      

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