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LIVRE : Emancipons-nous de l’émancipationnisme !

Le philosophe Pierre-André Taguieff vient de publier un ouvrage passionnant, intitulé ‘’L’émancipation promise’’, aux éditions du Cerf. Après avoir mis à mal le culte du progrès dans un précédent ouvrage, il analyse cette fois un autre concept clé propre à tous les progressistes (des gauchistes aux libéraux en passant par les marxistes et Marx lui-même) : l’émancipation. Ce concept est redevenu à la mode et tous les progressistes branchés l’ont à la bouche, ainsi Denis Olivennes qui, lors de son débat récent avec Zemmour, l’a utilisé à de nombreuses reprises. Macron, lui aussi, en est un chantre ; il déclarait devant le Congrès réuni au château de Versailles le 9 juillet 2018 : ‘’Le pilier premier de la politique sociale à laquelle je crois est une politique d’émancipation de chacun, qui libère et s’affranchit des statuts’’.

‘’L’idéal moderne par excellence est, pour tout individu humain, de sortir de l’état de dépendance dans lequel il se trouve, de devenir autonome, de se libérer des contraintes, voire des déterminismes naturels ou culturels, de s’affirmer comme maître de soi et de son propre destin. Cet idéal est celui de la « libération » ou de l’ «émancipation », deux termes aux connotations positives et dont le sens semble aller de soi’’. ‘’La promesse de l’émancipation du genre humain est au cœur de l’idéologie moderne, qui, fondée sur le primat de l’économie, est à la fois, individualiste, universaliste et égalitariste…..Aux yeux des modernes adeptes de la « religion du Progrès », cette marche universelle vers l’émancipation est la manifestation de la perfectibilité du genre humain et vaut pour preuve qu’il y a un progrès dans l’histoire, donc que cette dernière a un sens’’.

La notion d’émancipation apparaît au 18e siècle et est intimement liée à l’individualisme, ce poison qui dissout les sociétés et les nations. La volonté d’émancipation a d’abord été dirigée, au 18e siècle, contre l’Eglise et les institutions de l’ancien régime, par les libéraux, puis, à partir des années 1820, contre l’organisation économique et le salariat, par les socialistes cette fois. Les libertaires de 1968 ont poussé le curseur plus loin et ont étendu à toutes les sphères de l’existence humaine leur obsession de l’affranchissement à l’égard des règles sociales et même au-delà de cela, à l’égard des lois de la nature. Les progressistes ont en fait horreur de la nature et de la nature humaine en particulier parce qu’elle limite (quelle horreur !) nos possibilités, nos choix et la réalisation des désirs les plus fous. De cette frustration naquit l’idée de la création d’un « homme nouveau » qui émergea dès la Révolution française et qui fut, ensuite, un thème central du bolchevisme (mais aussi du fascisme, Mussolini étant un épigone de Robespierre, comme l’a justement écrit l’historien Frédéric Le Moal). La création de cet hypothétique homme nouveau par le biais de l’éducation (Condorcet) ayant échoué partout, certains, dégoûtés par la nature humaine supposée « fasciste » en vinrent à souhaiter la disparition de l’humanité (Yves Paccalet : ‘’L’humanité disparaîtra, bon débarras !’’ ) mais, récemment, l’enthousiasme technophile reprenant le dessus, d’autres envisagent la création d’un être transformé par la génétique et les technologies électronique et informatique. Le trans-humanisme, qui est la suprême transgression, celle de la nature, fait rêver les progressistes branchés et narcissiques qui aspirent à « s’augmenter ».

Les progressistes libéraux ou gauchistes moins « techno » se contenteraient, eux, d’une disparition de tous les cadres traditionnels et de toutes les distinctions entre nations, ethnies, « groupes géographiques » (on disait « races » dans le passé) et sexes : ‘’Telle est la face sombre de « l’Emancipation » comme projet politique : désidentifier, déraciner, indifférencier, transformer l’humanité en une poussière d’individus interchangeables, tous également et pleinement émancipés, devenus indiscernables. La société parfaite de l’avenir a de quoi nous effrayer’’. Les fanatiques de l’émancipation refusent toute forme d’héritage, biologique, historique ou culturel : ‘’Il y a là une extrémisation de la liberté négative défendue par les théoriciens du libéralisme : se libérer de, sans fin’’. A cette volonté de rupture, de transgression sans fin, qui est commune à tous les « progressistes » (‘’Le progressisme est le ciment qui lie malgré eux le communisme et le libéralisme’’), Pierre-André Taguieff oppose qu’il nous faut ‘’Sortir du rêve d’une émancipation totale. Remplacer le désir d’auto-transformation par le projet d’auto-limitation’’. A défaut, ‘’la culture de l’illimitation risque d’orienter notre destin, jusqu’à l’auto-destruction du genre humain’’.

En conclusion, Taguieff écrit : ‘’Mais ce que masque l’apologie de l’ «émancipation» ainsi comprise, tentative proprement moderne de ré-enchantement du monde par la désappartenance volontaire et sans réserve, c’est un désir frénétique d’abolition totale des différences et des identités, un rejet absolu du passé, une quête destructrice d’indifférenciation. Bref, une déshumanisation. D’où le paradoxe tragique aux allures comiques : cette déshumanisation est accomplie au nom de l’ «humanisme», sous le ciel des Lumières, par des «hommes que la raison gouverne»’’.

Dans ce livre savant et moqueur, Pierre-André Taguieff passe au scalpel l’idéal moderne par excellence, celui d’émancipation, qui exalte, mobilise et aveugle depuis longtemps les Modernes.

GUILLARD

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