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Rencontre Salvini -Bannon : stratégie politique et populisme européen

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Vendredi dernier, Matteo Salvini et Steve Bannon, ancien conseiller stratégique de Donald Trump (son éminence grise d’après plusieurs témoignages) se sont rencontrés dans la perspective de conforter la vague populiste européenne pour les prochaines élections. Le leader italien a rejoint The Movement (le Mouvement, en anglais), qui est un groupe fondé par S. Bannon.

 
 L’objectif de ce dernier est que plusieurs figures eurosceptiques et « populistes » le rejoignent dans une internationale des nationalismes (expression qui peut paraître contradictoire). M. Salvini s’est montré enthousiaste et impatient de travailler avec des pays comme l’Autriche, la Pologne ou encore la Finlande, pays unanimes sur les questions migratoires. L’on peut ajouter la Hongrie à cette liste des pays qui luttent contre l’immigration massive, thème abordé par M. Salvini et V. Orban, lors de leur dernière rencontre.

Dans un contexte marqué par la crise judiciaire et politique qu’affronte M. Salvini, poursuivi pour « séquestration de personnes » par les procureurs siciliens, S. Bannon dresse un parallèle avec D. Trump, régulièrement confronté à de nouvelles révélations ou accusations (dont la plus récente est l’article d’un haut fonctionnaire dans le New York Times). Il semblerait que l’establishment soit à l’origine de toute cette agitation, tentant d’enrayer coûte que coûte toute tentative de mettre un terme aux flux migratoires.

Giorgia Meloni, chef du parti Fratelli d’Italia (Frères d’Italie) a elle aussi récemment rencontré le fantasque homme d’affaires américain à Venise, lors de la promotion du film « American Dharma ». Giorgia Meloni a assuré, à cette occasion, qu’elle rejoindrait The Movement. Le rôle de S. Bannon, fondateur du site Breitbart, est d’apporter son expérience politique et technique, acquise durant la campagne de Trump. Il propose également les services de plusieurs de ses associés, dont Jeff Kwatinetz, influent dirigeant de l’industrie du divertissement.

Le Parlement européen constitue une sorte de vitrine pour des familles politiques assez peu ou mal représentées, à l’instar de la vingtaine de députés européens du Rassemblement national qui s’y expriment. Même s’il est probable que ces députés ne parviennent pas à obtenir une majorité lors des futures échéances électorales, il n’en reste pas moins qu’ils parviendront à freiner les ardeurs d’Emmanuel Macron, principal adversaire du « populisme » qu’il se plait à diaboliser.

Le monarque européen

E. Macron constitue donc la cible idéale à la fois parce qu’il se veut le chantre de Bruxelles mais aussi en raison de son positionnement sur la question de la solidarité, au sujet de laquelle il s’exprime beaucoup, mais ne fait, comble de l’hypocrisie, pas grand-chose.

Lors de son voyage au Danemark, le 29 août dernier, il a déclaré : « Je ne céderai rien aux nationalistes et à ceux qui prônent ce discours de haine. S’ils ont voulu voir en ma personne leur opposant principal, ils ont raison ». Soit dit en passant, seuls quelques États sont résolus à lui prêter main forte, autour d’un groupe pro-européen, pour tenter de contrer la vague « populiste ».

Certains analystes ont expliqué qu’en agissant de la sorte, E. Macron soutiendrait la rhétorique salvinienne visant à diviser l’Union européenne en deux camps hermétiques, les européistes et les nationalistes. C’est précisément ce que veulent V. Orban et M. Salvini. Il faut souligner l’attentisme du président français qui a successivement éloigné de toute alliance le Mouvement 5 étoiles italien et le parti espagnol centriste Ciudadanos. Cette attitude équivoque pourrait bien conduire le PPE (Parti populaire européen de ligne assez conservatrice) à un rapprochement avec les « populistes ».

Faute de soutiens, E. Macron pourrait bien être réduit à ne pouvoir s’opposer que sur le plan médiatique d’autant que sa situation, sur le plan intérieur, est relativement inconfortable : des résultats qui tardent à venir, la sombre affaire Benalla, la démission de N. Hulot, l’affaire F. Nyssen, etc. En Espagne, la ferveur suscitée par son élection est vite retombée. Le président français essuie des critiques pointant son incompétence ; d’autres parlent de la politique en faveur des riches qui favoriserait le repli national. Outre-Rhin, s’il dispose d’une image positive, les Allemands ne le croient pas capable de renverser la situation. Quand il parle de solidarité ils comprennent « budget commun et projet de défense européenne », et non pas la gestion de l’immigration. Cette dissonance, ajoutée au fait que madame Merkel soit affaiblie au sein de sa propre majorité, rend le couple franco-allemand quelque peu bancal.

De son côté, la gauche européenne montre des signes de durcissement, en matière migratoire. Le jeune mouvement politique, Aufstehen, veut récupérer les votes de la classe ouvrière, perdus à cause du dogme mondialiste (l’immigration ressentie comme une pression sur les bas salaires). Et, au Danemark, le parti social-démocrate, quant à lui, s’engage à imposer aux migrants la langue et les valeurs danoises. De même, leurs homologues suédois ont réduit les politiques en faveur de l’asile.

Le défi est d’autant plus grand pour E. Macron, qu’en face de lui s’érige un stratège politique hors-pair, M. Salvini, un homme d’expérience qui manie la communication subversive à la perfection. Sans parler de sa popularité (la Lega est évaluée à plus de 30 %) au moment où les sondages situent E. Macron au plus bas.

Dans ces circonstances, il est licite de présager un revirement net de la politique de l’Union européenne qui verrait une recomposition parlementaire favorable aux « populistes ». Les mois qui arrivent seront déterminants pour les deux factions désormais engagées dans un bras de fer dont le résultat sortira des urnes.

Loris Tucci

Politique, Écologie, Collapsologie, Identité, Islam, Société

Directeur de la publication d’Adoxa ● Libéral-conservatisme | Identité | Résilience territoriale. 

                                                                      

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