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Entretien exclusif avec Jean-MESSIHA (RN)

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Particulièrement actif sur Twitter, Jean Messiha, né Hossam Messiha né au Caire en 1970 est un haut fonctionnaire et un homme politique français membre du Rassemblement national et délégué national du parti pour les études et argumentaires depuis 2018.


Souverainiste, Jean Messiha affiche des positions radicales sur l’immigration et l’islam, qu’il juge « incompatible avec la République ». D’après Marianne, « il adhère avec force au discours anti-immigration et juge l’islam « incompatible avec la République », même s’il appelle à ne pas le confondre avec « les musulmans ».

Celui qui se définit comme « Arabe à l’extérieur, français à l’intérieur » a accepté de se livrer à un entretien exclusif pour aDOXA.

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aDOXA: Bonjour Jean Messiha, merci de nous accorder de votre temps pour répondre à quelques questions.Nous assistons partout en Europe à une crise des identités, pourriez-vous nous expliquer ce qu’est l’identité pour vous et les enjeux à venir dans ce domaine ?

Jean Messiha: L’identité est la personnalité d’un peuple et d’un pays. C’est une notion complexe, faite d’une alchimie mêlant la culture, les traditions, la langue, les us et les coutumes. L’identité est une notion forgée par l’Histoire et enracinée dans une géographie. 
 
L’identité des peuples est devenue un concept juridique lorsque le droit, notamment le droit international, parle du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Mais c’est quoi « eux-mêmes » sinon ce qui les définit historiquement et géographiquement ? 
L’identité des nations a toujours été un enjeu des relations internationales. Autrefois, elle concernait surtout les peuples colonisés et une unanimité politique s’est progressivement faite y mettant un terme afin que les peuples puissent vivre ce qu’ils sont, chez eux, de manière libre et indépendante. 
Aujourd’hui et par un curieux retournement de l’Histoire, l’identité nationale est devenue un enjeu majeur… des pays occidentaux ! Il faut dire que le paradigme mondialiste, né au lendemain de l’élection de Margaret Thatcher et Ronald Reagan au tournant des années 80, avait pour pierre angulaire la destruction des frontières nationales, le multiculturalisme, le libre-échangisme, etc. Cela s’est traduit par des vagues migratoires du sud vers le nord avec une spécificité tant quantitative que qualitative par rapport aux migrations antérieures. 
En France, par exemple, nous sommes passés d’une immigration du travail, jusqu’à la fin des années 70, à une immigration de peuplement, à partir des années 80, avec le regroupement familial. Parallèlement les étudiants de mai 1968 arrivaient à la direction de la France en 1981 derrière l’élection de François Mitterrand. Devenus les élites dirigeantes de notre pays dans tous les domaines, ces soixante-huitards ont commencé une destruction méthodique de ce qui faisait la France, n’hésitant pas à accabler la France de tous les malheurs de l’humanité. 
Ainsi la France devenait subitement un pays raciste, collaborationniste, antisémite, colonialiste, etc. Si on résume, la classe dirigeante française a ouvert grandes les vannes de l’immigration tout en interdisant à la France d’être la France et au Français d’être Français. La nature ayant horreur du vide, la France en France a été remplacée par autre chose que la France : d’autres cultures, d’autres lois, d’autres règles coutumières et religieuses, etc. 
Ce phénomène a atteint un tel degré qu’il est deven
u un élément structurant du débat politique. Celui-ci sépare ceux qui ont pris conscience de l’importance de l’identité nationale et de sa défense et ceux qui persistent dans le paradigme antérieur de fusion de cette identité dans le grand magma informe du multiculturalisme multiconflictuel.  

Voilà maintenant plus d’un an que le Président Emmanuel Macron a été élu, comment jugeriez-vous le bilan de cette première année de manière générale ?

L’élection d’Emmanuel Macron est intervenue à contrepied de ce qui se fait dans le reste du monde. En effet, alors que le Brexit et l’élection de Donald Trump ont donné, en Occident, le coup d’envoi d’une nouvelle mondialisation (vous noterez ce clin d’œil de l’Histoire par lequel ces deux mêmes pays referment ce qu’ils ont lancé 40 ans plus tôt), la France choisit de donner un sursis à l’Ancien Monde. Agglomérés, agglutinés autour de Macron, tous les rentiers politiques, médiatiques et économiques de la mondialisation des années 1981 à 2016 ont fait de Macron leur mandant. La supercherie suprême a été de faire croire que Macron était le représentant d’un Nouveau Monde alors que sous ses traits juvéniles et son sourire charmeur, Macron n’est ni plus ni moins que la tentative désespérée de l’Ancien Monde de se proroger. Or la France ne peut pas prétendre aller économiquement à l’encontre de la terre entière. Face à des pays comme la Chine ou la Russie, désormais rejoints par l’Inde, les États-Unis, la Grande-Bretagne, les pays de Visegrad, l’Autriche, l’Italie, qui font de la défense de leur identité et de leurs intérêts nationaux l’alpha et l’oméga de leur politique, une France qui défend les intérêts du monde en oubliant les siens est perdante sur tous les tableaux. 
Cette dernière considération est la cause fondamentale de l’échec patent de la politique macroniste à l’issue de cette première année de mandat. La France macroniste nage à contre-courant du monde. Nous avions eu l’échec de la politique de relance conduite par Mitterrand en 1981-1982 alors même que le monde entier était converti au néolibéralisme. Nous avons aujourd’hui l’échec de la politique néolibérale conduite par Macron alors même que le monde entier se convertit au patriotisme et au souverainisme. 
Et pour faire un peu de prospective, à l’aune de l’expérience mitterrandienne : soit Macron se révèle aussi cynique et politique que Mitterrand, qui a su dès 1983, avec le tournant de la rigueur, réaligner la politique française dans l’axe mondial de l’époque ce qui l’obligera à trahir ces mandants et ce sur quoi il avait été élu ; soit, il s’entêtera dans le contre-flot mondial et il sombrera. 

Quel est votre sentiment sur la crise des migrants frappant l’Europe actuellement, avons-nous pris conscience de l’importance du problème ?

 

La crise des migrants est une crise protéiforme qui mêle des considérations à la fois humanitaires, géopolitiques, démographiques, économiques et identitaires. Contrairement à l’idée martelée par les médias, l’écrasante majorité des migrants ne peut être considérée comme réfugiée au sens juridique du terme. En effet, ces personnes fuient les zones de guerre pour aller d’abord dans des pays tiers sûrs, souvent limitrophes aux leurs. Avant de se présenter aux portes de l’Europe, ces personnes sont donc déjà hors de danger et à l’abri. Pourquoi, dès lors, viennent-elles singulièrement en Europe ? 
Tout simplement pour des raisons économiques, eu égard aux aides sociales que nous leur distribuons ! Le motif de leur venue en Europe n’est donc ni politique ni humanitaire, mais économique et en ce sens le droit d’asile, ou plus généralement le droit international s’appliquant aux réfugiés et dont se prévalent les ONG, ne s’applique pas au cas d’espèce. La France est donc juridiquement fondée à ne pas accueillir ces migrants. J’ajoute que le droit du secours en mer ne s’applique pas plus. Il s’applique aux embarcations marines de droit commun et non aux candidats au naufrage qui entendent faire valoir celui-ci pour obtenir un secours ! 
Tous ces points juridiques étant précisés, et pour répondre directement à votre question, non, notre classe dirigeante n’a certainement pas pris conscience de l’importance de ce problème qui pèse de plus en plus lourdement sur nos finances. Plus encore, cette inconscience volontaire dans laquelle baignent nos dirigeants porte en elle les germes d’une conflagration civile majeure, car les peuples eux, ont bien pris conscience d’un problème, qu’ils refusent de plus en plus majoritairement. 

Est-ce que vous trouvez que la France ait engagé les réformes nécessaires pour combattre la menace tant externe qu’interne qu’est le terrorisme islamique ?

Techniquement, oui, la France est aujourd’hui consciente du risque terroriste et toutes nos forces de l’ordre sont mobilisées 24h/24 et 7 jours sur 7 pour notre sécurité. Le problème est que nos élites, elles, n’ont pas pris la mesure du danger. Elles n’ont pas compris que les terroristes ne sont que des islamistes en phase terminale. C’est la face émergée de l’iceberg. Mais cet iceberg, il faut le traiter à ses fondements. Il faut arracher les dents de l’islamisme qui gangrène nos quartiers, souvent avec la complicité d’élus locaux de droite comme de gauche qui l’instrumentalisent pour s’assurer leur réélection. 
Les mesures que le Rassemblement National a proposées, aussi bien dans notre programme présidentiel que dans le plan banlieue que nous avons récemment présenté, sont les seules susceptibles de mettre un coup d’arrêt à l’expansion de l’islam radical dans notre pays : fermeture immédiate de toutes les mosquées radicales, expulsion immédiate de tous les prêcheurs de haine, expulsion immédiate de tous les fichés S étrangers, arrêt immédiat de tout financement d’associations culturelles ou cultuelles proches de l’islam radical, etc.
Les solutions existent, mais nos dirigeants s’obstinent à ne pas les mettre en œuvre, craignant de se mettre à dos le vote musulman. Ce qui les amène à se moquer comme d’une guigne de l’identité nationale et de la sécurité de notre nation qui concerne aussi nos concitoyens musulmans !
 

Avec les élections européennes qui approchent à grands pas, estimez-vous nécessaire de trouver un terrain commun avec la droite pour arriver à l’union des droites ? Si oui lequel ?

Il est clair, et notre présidente Marine Le Pen l’a rappelé à maintes reprises, que l’alliance est nécessaire. Lorsque l’ancien Front National a décidé de s’appeler Rassemblement National, c’est aussi pour inscrire dans notre ADN cette volonté de nous allier. Marine Le Pen a tendu la main plusieurs fois à Laurent Wauquiez qui, bien que répétant mot pour mot ce que nous disons, refuse obstinément de tendre la sienne. 
Mais si les responsables politiques, pour des raisons d’égo ou de lâcheté vis-à-vis notamment de la gauche morale, refusent l’alliance, il reste l’essentiel, à savoir les synergies entre les électorats. Il y a d’ailleurs sur le terrain un certain nombre d’initiatives intéressantes, comme en Gironde avec le rapprochement de nos élus avec des élus LR, ou encore cette récente initiative des jeunes LR d’inviter des élus et des membres RN à leur convention.
Cela étant dit, l’union des droites n’est pas une fin en soi et ne doit surtout pas nous interdire un rassemblement encore plus large avec d’autres électorats. Un récent sondage montrait par exemple que plus de la moitié de l’électorat de la France Insoumise était contre l’accueil des migrants. Il ne faudrait pas que les termes « union des droites » ferment artificiellement la porte à d’autres électorats qui ne sont pas de droite, mais qui partagent avec nous des idées majeures. Et l’équation n’est pas aisée à résoudre. Je pense qu’il nous faut rester ouverts et ne pas qualifier les alliances avec des termes éculés et passéistes de « droites » ou de « gauches ». 

Quel est votre point de vue sur la politique extérieure de Trump au regard du protectionnisme qu’il pratique ? Alors que de nombreux médias s’entendent pour dire que cette politique est mauvaise, bien que les États-Unis affichent une croissance de 4.2% au deuxième trimestre, comment jugez-vous cela ?

Pendant les 40 dernières années, sous le double impact de la construction communautaire et de l’idéologie libre-échangiste de l’OMC, les pays occidentaux ont ouvert grandes leurs frontières commerciales en abandonnant la quasi-totalité des barrières tarifaires qui protégeaient naguère leurs industries. Le seul souci est que les autres pays du monde et en particulier les pays asiatiques, au premier rang desquels la Chine, ne nous ont absolument pas suivis dans cette direction. Résultat des courses, nous nous sommes peu à peu trouvés en concurrence avec des pays dont les cadres fiscaux, sociaux et environnementaux sont très loin des nôtres. Ainsi le libre-échange n’a été bénéfique qu’à ceux qui ne le pratiquaient pas et qui profitaient de ceux qui le pratiquaient. 
En ce sens, en rétablissant le protectionnisme aux États-Unis, Donald Trump ne fait qu’appliquer ce qu’une bonne partie des pays de la planète appliquent. Et s’il y a guerre commerciale, c’est juste parce que les États-Unis de Trump ont changé de braquet pour dire « non, nous ne déclarons pas notre pays, pays ouvert à tous les vents ». Le libre-échangisme appliqué avec aveuglement en Europe et dans une moindre mesure aux États-Unis, ces 40 dernières années, a engendré une désindustrialisation massive accompagnée de la perte de plusieurs dizaines de millions d’emplois. 
Quoi qu’il en soit et plus généralement, si la politique économique de Trump était aussi catastrophique que les médias la dépeignent, cela se serait vu dans les chiffres. Or la santé de l’économie américaine bat tous les records, en croissance, en emploi et même en taux d’emploi des minorités, dont le chômage est au plus bas depuis 45 ans. Les chiffres sont têtus. Les médias politisés, bien obligés de composer avec cette réalité, ont cru trouver la parade en attribuant à la politique d’Obama tout le positif de l’économie américaine aujourd’hui et à Trump tout ce qui est négatif. Mais cela ne dupe personne. 
Selon des rapports officiels de l’époque du Brexit, on annonçait 17 ans de gel des salaires pour les Britanniques ; pourtant selon une récente enquête du Guardian auprès d’employeurs, celle-ci montre que les patrons ont été obligés d’augmenter les salaires pour pallier le manque de main-d’œuvre étrangère venant d’UE. 

Quelle est votre réaction par rapport à cela ? 

Le salaire moyen des Britanniques augmente tendanciellement depuis le Brexit. Le marché du travail est un marché comme un autre. Dès qu’il a un choc négatif sur l’offre, à demande constante, les prix baissent. Le choc négatif provient en l’espèce du tarissement des flux migratoires suite au Brexit. Cela est une confirmation magistrale et incontestable que l’immigration excessive pèse à la baisse sur les salaires. Cela confirme également que les grands capitaines d’industrie ne peuvent qu’encourager le flux entrant de migrants qui leur permet de contenir les revendications salariales de leurs employés.
En France, vous ne verrez aucune entreprise du CAC 40 s’inscrire en faux contre l’accueil des migrants, ce qui en soi est de bonne guerre. Mais cela devient contestable lorsqu’ils badigeonnent cette logique économique de maximisation du profit d’enduit humanitaire pour en faire accepter l’augure à l’ensemble des citoyens.

Entretien exclusif pour Adoxa menée par Eldo Rhaan

Rédac chef d’aDOXA ● Libéral-conservatisme | Identité | Résilience territoriale

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