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LIVRE : André Tardieu, la critique du progressisme avant l’heure

Les éditions Perrin, ont publié il y a quelques mois l’ouvrage que Maxime Tandonnet a consacré à André Tardieu (député, ministre et Président du Conseil à la fin des années 1920 et au début des années 1930) ; elles viennent de rééditer un livre essentiel de Tardieu, intitulé « Le souverain captif – La révolution à refaire », qui fut écrit en 1936 et qui était épuisé depuis fort longtemps.

Élève brillantissime, il remporta une douzaine de prix au concours général de 1893 avant d’être reçu premier au concours d’entrée à l’école normale supérieure et à celui du Ministère des Affaires Etrangères. Il choisit les Affaires Etrangères. Issu de la grande bourgeoisie parisienne, il demanda à être mobilisé dans l’infanterie, pendant la première guerre mondiale. Il découvrit dans la boue des tranchées le peuple français, qui est alors très largement un peuple de paysans-soldats. De cette expérience, il conserva un indéfectible sentiment de fraternité pour ses compatriotes des classes populaires. Chroniqueur de politique étrangère au ‘’Temps’’, il sera remarqué par Clémenceau qui en fit un de ses conseillers à la fin de la première guerre mondiale. Plus tard, il devint un proche de Poincaré.

André Tardieu, qui avait accédé très rapidement au sommet des fonctions politiques, abandonna la vie politique en 1934 parce qu’il se disait dégoûté par les mœurs et la médiocrité de la caste politicienne et parce qu’il souhaitait mener une réflexion sur les vices du régime politique issu de la Révolution française. Cette réflexion fut sans concession et visa très juste mais, à la différence des nombreux hommes de droite qui par dégoût du régime parlementaire de la IIIe République, se rangèrent aux côtés des partisans des totalitarismes, André Tardieu resta fidèle à l’idée républicaine tout en dénonçant ce qu’il y a de nocif dans l’idéologie de la Révolution française. Ce choix peut sembler paradoxal mais il ne l’est pas.

Le moins que l’on puisse dire est qu’André Tardieu n’était pas tendre avec les principaux acteurs de la Révolution française, pas plus qu’il ne l’était d’ailleurs avec les intellectuels qui les influencèrent, en particulier Rousseau. Il les accusait d’avoir fait preuve d’un orgueil démesuré qui s’exprimait notamment par leur volonté de « régénérer » l’humanité, pas moins ! Il écrit : ‘’ Le XVIIIe siècle est le siècle de l’orgueil poussé jusqu’à la vanité. Il l’est dans ses penseurs, comme dans ses hommes d’action. Il date de lui-même les débuts de l’histoire humaine. Aucune autorité n’arrête son jugement. Un fou alcoolique, comme Marat, pourra écrire, sans être fouetté, qu’il croit avoir épuisé toutes les combinaisons de l’esprit humain sur la morale, la philosophie et la politique. Un cuistre, comme Robespierre, étendre au peuple entier l’infaillibilité qu’il s’attribue. Et tous les autres sont pareils’’.

Il leur reprochait, à juste titre, d’avoir imaginé un homme « formatable » à volonté et exempt de toutes prédispositions psychologiques et comportementales : ‘’On a donc inventé l’homme naturel, naturellement bon et toujours perfectible. En lui prêtant, de naissance, les vertus qu’il s’agit de créer, on est sûr de ne pas se tromper. Cet homme primitif ne sera qu’une abstraction détachée du réel ; un signe algébrique toujours interchangeable. On ne lui connaîtra ni parents, ni famille, ni patrie. Il ne s’en prêtera que mieux à s’insérer dans les théorèmes, dont est formé le Contrat social’’. André Tardieu avait bien compris que l’idéologie révolutionnaire était furieusement hostile à toute forme d’enracinement et d’appartenance communautaire.

Critique virulent du progressisme, de la Révolution et du « despotisme parlementaire »

Il dénonçait la fureur progressiste qui imposait de tourner le dos au passé et même d’en éradiquer toute survivance et de considérer que l’avenir lui était forcément préférable : ‘’Contre ce qui constitue le passé, -coutume, dogmes, état,- ce sera, désormais, la guerre. Car de ces éléments du passé est faite la dépravation de l’homme naturel, en qui, comme disait Diderot, on a introduit un homme artificiel. Pour retrouver le rocher sous l’alluvion, il suffira de supprimer l’apport des préjugés et de rouvrir, ainsi, la route au progrès. Abolir les mauvaises lois, qui sont la cause des mauvaises mœurs ; faire de nouvelles lois, qui créeront de bonnes mœurs ; tuer la tradition au nom de la raison, c’est le programme. Et voici que retentit l’étonnante apostrophe de Rabaut Saint-Etienne : « Pour rendre le peuple heureux, il faut le renouveler, changer ses idées, changer ses lois, changer les choses, changer les mots : tout détruire ! Oui ! Tout détruire, parce que tout est à recréer »’’. La même fureur renaîtra en 1917, en Russie cette fois, avec les conséquences que l’on sait.

André Tardieu était favorable à l’extension du suffrage universel aux femmes, a contrario de tous les héritiers de la Révolution française qui pensaient qu’elles étaient manipulées par le clergé ; il fut aussi un partisan déclaré de la lutte sans concession contre le régime hitlérien dont il avait perçu la haute dangerosité ; enfin, il était un chaud partisan du référendum, y compris du référendum d’initiative populaire : ‘’Grâce aux formes diverses qu’il revêt, veto, ratification populaire obligatoire, ratification facultative, vote d’initiative, le référendum suisse a toujours utilement freiné les excès de pouvoir des législatures et souvent paré à leurs omissions. Il a constamment apporté le contrepoids de la volonté collective à la volonté des assemblées, toujours prêtes à se constituer, en face de l’exécutif et du peuple, en castes et en oligarchies’’. ‘’Qu’il suffise, ici, de noter que, si le peuple français avait possédé le référendum, nombre des abus, sous le poids desquels il plie, lui auraient été épargnés. Multiplication des fonctions publiques, des monopoles et des offices ; impôts inquisitoriaux ; lois de forme étatiste sur les retraites ouvrières, les assurances sociales, l’école unique, se seraient heurtées au bon sens des masses. J’ai dit souvent que, si j’avais eu en mains le référendum, je sais bien quand je m’en serais servi’’.

Il était aussi un critique sévère du régime parlementaire : ‘’Ainsi s’est constituée une forme de Gouvernement, auquel je consacrerai le volume qui suivra celui-ci, le gouvernement du despotisme parlementaire, qui est exactement le contraire du gouvernement démocratique et qui, parce qu’il fait les lois se place au-dessus d’elles. Par un régime électoral falsifié dans son principe et dans ses applications, on a substitué la souveraineté parlementaire à la souveraineté populaire’’. Comme l’écrivit Tardieu, le peuple prétendument souverain est captif de la classe politicienne ; son point de vue est toujours d’une grande actualité.

André Tardieu fut frappé par un accident cérébral qui le laissa invalide en 1939. On peut le regretter parce que ce brillant esprit était sans doute sur le point d’élaborer ce que, depuis Pocock, Skinner et Pettit, on appelle le néo-républicanisme c’est-à-dire une nouvelle mouture du républicanisme classique, cette philosophie politique qui s’incarna en 509 avant JC avec la fondation de la république romaine, et qui compte, entre autres, Cicéron, Marsile de Padoue, Machiavel et Harrington, au nombre de ses principaux penseurs. Le républicanisme classique est très différent du « républicanisme » issu de la Révolution française en ce qu’il ignore, d’une part, les notions de « volonté générale » et de « souveraineté populaire » telles que les a pensées Rousseau et, d’autre part, l’idée selon laquelle chaque individu venant au monde serait doté de « droits » (la « volonté générale » est d’ordre métaphysique comme l’a écrit François Huguenin et le transfert de la souveraineté du Roi au peuple pose de nombreux problèmes ; il semble plus judicieux de parler d’autonomie populaire, au sens étymologique du terme : la liberté qu’a le peuple de décider des lois auxquelles il accepte de se soumettre). Enfin, le républicanisme classique a toujours ignoré l’individualisme qui est l’élément central du libéralisme et la cause de la plupart de nos problèmes majeurs (de ce fait, le libéralisme ignore la notion de Bien Commun et ne connaît que des biens privés). Or, l’idéologie de la Révolution française est saturée d’individualisme et, bien qu’elle contienne quelques éléments empruntés au républicanisme classique, elle est surtout d’essence libérale. Jacques Julliard a écrit à ce sujet : ‘’Quels que soient ses avatars politiques et ses embardées du côté de l’enrégimentement et de la dictature, le résultat net de la Révolution, envisagé par le siècle commençant, est individualiste et libéral’’. Le même Jacques Julliard a expliqué que la droite essaie désespérément de s’adapter aux principes de l’idéologie révolutionnaire, ce qui réduit à néant toutes ses velléités d’indépendance intellectuelle parce que ces principes sont ceux de la gauche : ‘’Un tel dimorphisme structurel a deux conséquences. La première c’est que depuis deux siècles la gauche incarne sur la scène politique la légitimité. Elle est la détentrice du Graal. Lors même que la droite gouverne, la nature profonde des institutions, qui se fondent peu ou prou sur la Déclaration des droits de l’homme, s’identifie avec son patrimoine… Dans l’histoire de France contemporaine, elle est chez elle, tandis que la droite travaille sans relâche à s’y faire accepter’’. La seule solution, pour la droite, est de s’extraire totalement de ce piège.

Maxime Tandonnet a fait œuvre utile en publiant ce livre d’André Tardieu qui pourrait être le point de départ d’un corpus républicaniste et conservateur affranchi des miasmes de l’idéologie de la Révolution française.

 

GUILLARD

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