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Arts et Culture

Les fêtes de Saint-Nicolas à Nancy, un patrimoine culturel immatériel reconnu

saint nicolas patron des ecoliers sucre panier

Saint-Nicolas se fête dans de nombreuses régions d’Europe. Saint patron des avocats, des marins, des écoliers… mais pas seulement, Nicolas de Myre (270 env.-335) est un saint important pour les chrétiens catholiques et orthodoxes. Il est crédité de nombreux miracles et actions généreuses y compris après sa mort. Les légendes qui l’entourent varient d’une région ou d’un pays à l’autre

Saint-Nicolas et la Lorraine.

Le lien entre Saint-Nicolas et la Lorraine est attesté depuis le milieu du 9e siècle. Mais plusieurs faits historiques vont renforcer sa présence. En 1087, des reliques de Saint-Nicolas sont dérobées à Myre et rapportées en Italie, à Bari, où en 1098 Aubert de Varangéville, seigneur lorrain, s’empare à son tour d’une phalange de Saint-Nicolas et la ramène à Port, rebaptisée Saint-Nicolas de Port.

La ville est le lieu chaque année depuis 773 ans, d’une procession aux flambeaux dans la basilique érigée en l’honneur du saint. Instaurée après la libération miraculeuse du Sire de Réchicourt par Saint-Nicolas, cette procession rassemble aujourd’hui encore des centaines de fidèles. Un fait d’armes, la bataille de Nancy en 1477, placée sous la protection de Saint-Nicolas, achèvera de sceller cet attachement. Après la victoire de René II, duc de Lorraine, Saint-Nicolas devient le Patron de la Lorraine et le saint dynastique de ses Ducs.

D’une manière plus générale, dans l’ensemble de la région, la Saint-Nicolas est l’occasion de festivités populaires dont le point d’orgue est constitué par un défilé de chars.

À l’école, traditionnellement, Saint-Nicolas vient à la rencontre des écoliers pour leur donner des présents, grand moment, très attendu par les petits, qui fait l’objet de publications de photos de classe dans les journaux locaux.

Au sein des familles, des pratiques privées perdurent dont la principale est le don de cadeaux et de friandises que le « bon Saint-Nicolas » est censé avoir laissé à l’intention des enfants.

S’ajoute à Saint-Nicolas un personnage effrayant : le père Fouettard. Couvert de suie, inquiétant, méchant, armé d’une trique, il punit les enfants qui n’ont pas été sages, il a terrorisé des générations de jeunes lorrains. Lors des défilés le père Fouettard, souvent à pied, effraie les plus jeunes sous les huées de la foule.

La légende de Saint-Nicolas

La légende de Saint-Nicolas qui prévaut en Lorraine est celle de trois petits enfants « qui s’en allaient glaner aux champs ». Perdus et effrayés, ils cherchent refuge chez un boucher qui les accueille pour mieux les tuer et les mettre au saloir. Sept ans plus tard, Saint-Nicolas sur son âne vient à passer. Il s’arrête chez le boucher et refusant les mets proposés, demande ce qui se trouve dans le saloir. Le boucher effrayé s’enfuit tandis que Saint-Nicolas, dans un geste de bénédiction, ressuscite les trois enfants. Le premier dit : « j’ai bien dormi », le second dit : « moi aussi », le troisième : « je me croyais au paradis ».

Au fil du temps, les récits autour de Saint-Nicolas se sont multipliés, entrelacés et, dans la plupart des cas, les figures mises à l’honneur à présent dans les fêtes sont : Saint-Nicolas, le père Fouettard, le Boucher, l’âne et les trois petits enfants.

Constituées de récits religieux ou profanes, de pratiques anciennes ou plus contemporaines, les fêtes de Saint-Nicolas demeurent vivantes et largement partagées en Lorraine. Et le décalage ressenti entre leur relative inexistence au niveau national et leur importance locale les rend originales et fédératrices aux yeux de la population. La Saint-Nicolas fait la une des journaux régionaux, les visites à l’école marquent les plus jeunes, les pains d’épices de Saint-Nicolas sont partout. Enfin, l’aspect collectif est particulièrement fort : le jour dit, on va, ensemble, au défilé de la Saint-Nicolas en bravant la nuit froide de décembre.

Les fêtes de Saint-Nicolas à Nancy : un patrimoine culturel immatériel

Depuis de nombreuses années, les fêtes de Saint-Nicolas sont devenues un événement culturel majeur de la ville de Nancy.

Le défilé regroupe désormais les 20 communes de la Métropole nancéienne qui réalisent des chars à partir d’un thème commun, différent chaque année (le grand festin en 2017, les quatre éléments en 2018). Entre les chars, des compagnies artistiques et des fanfares proposent des animaux fantastiques, des fééries lumineuses, du rêve comme de l’étrange, et des animations musicales. Au défilé s’ajoute une programmation culturelle étendue de fin novembre à début janvier. Animations de rues, concerts, et spectacles se succèdent durant 45 jours mobilisant plus de 600 artistes. Un pays invité (en 2017 la Belgique, en 2018 le Japon) est de plus mis à l’honneur dans de nombreuses manifestations.

Constituées de récits religieux ou profanes, de pratiques anciennes ou plus contemporaines, les fêtes de Saint-Nicolas demeurent vivantes et largement partagées en Lorraine.

L’année 2018 constitue une étape marquante par l’inscription des fêtes de Saint-Nicolas de Nancy à l’Inventaire national du Patrimoine Culturel Immatériel.

Pour une telle reconnaissance, les critères pris en compte sont nombreux. L’importance du patrimoine dans l’identité et la culture locale est requise, mais les aspects de transmission et d’inclusion sont également essentiels. Il est attendu des pratiques qu’elles émanent des populations et se réinventent pour mieux perdurer. À Nancy, après la reconnaissance par le Ministère de la culture, une perspective internationale se dessine avec le projet d’une candidature internationale des fêtes de Saint-Nicolas à l’Unesco. Espoirs et interrogations entourent ce projet car si les labellisations patrimoniales oeuvrent à la préservation, elles offrent aussi une visibilité accrue pouvant s’accompagner de dérives.

Toutefois, moins visibles médiatiquement mais essentielles pour les populations concernées, ces classements nationaux et internationaux s’accompagnent de mesures de protection de l’esprit des pratiques festives et de leurs conditions de réalisation. Il s’agit ainsi pour les fêtes de Saint-Nicolas à Nancy de préserver ce qui a su les distinguer : une pluralité de pratiques, connaissances, représentations et savoir-faire, portée par des communautés variées (les communes et comités des fêtes de la métropole, les bénévoles, les services de la Ville de Nancy, les commerçants, les acteurs culturels…) réunies autour de la figure de Saint-Nicolas, réinventée chaque année.

Il n’y a en effet pas une, mais des Saint-Nicolas qui, toutes ensemble, contribuent à faire des Fêtes de Saint-Nicolas ce qu’elles sont aujourd’hui. La Saint-Nicolas religieuse, minoritaire à présent, la Saint-Nicolas familiale, celle des écoliers, la Saint-Nicolas qui se développe autour des nouvelles manifestations mises en place et auxquelles adhérent les populations séduites par cette offre culturelle qui se déploie dans la ville. Enfin, la Saint-Nicolas touristique qui donne l’image d’une spécificité remarquable, capable d’attirer des visiteurs venus d’ailleurs, objet de fierté pour ceux qui la font et la vivent depuis toujours à la condition bien sûr que ce développement et cette mise en lumière ne nuisent pas à cette tradition à la fois séculaire et vivace.The Conversation

Lylette Lacôte-Gabrysiak

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