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Le cas Zineb El Rhazaoui : Comment Clément Viktorovitch l’a « jetée en pâture » à ceux qui la menacent

On peut être un brillant intellectuel tout en ayant l’art de se tromper. C’est ce qui arrive très souvent et qui fait le lit de la méfiance des français à l’égard des élites intellectuelles et à raison. On peut avoir la tête bien remplie mais ne pas l’avoir sur les épaules. Ainsi, des intellectuels ont pu se tourner vers le nazisme (1) ou encore vers le communisme (2). Si Sartre et Aaron avaient tous deux la tête pleine, Aaron avait sans doute le mérite d’avoir les pieds sur terre et les yeux ouverts sur les ravages du communisme.

L’histoire semble se répéter et notre époque produit le même type d’aveuglement et de déni chez une partie des intellectuels français.

Nous nous sommes intéressés de près au cas de Clément Viktorovitch, docteur en sciences politiques et enseignant en rhétorique à l’institut d’études politiques de Paris.

Dans un débat sur CNEWS face à Zineb El Rhazoui, ancienne journaliste à Charlie Hebdo, devenue célèbre pour ses propos critiques face à l’Islam, Clément Viktorovitch semblait avoir joué au jeu de la rhétorique lui-même.

Il accuse Zineb El Rhazoui de dire que les femmes voilées font la promotion du terrorisme, alors que cette dernière a été très claire en répondant que le voile fait partie du package idéologique qui mène au terrorisme. Ce que n’a pas compris Viktorovitch, c’est que le voile fait partie d’une chaîne de « production idéologique ». Il ne pourra pas nier que la condition des femmes là où le voile se répand se dégrade (4), en cohérence avec la condition des femmes dans les pays où le voile est obligatoire. Qu’il soit obligatoire ou non, la multiplication des voiles sur un territoire donné, amène toujours cette régression dans la condition des femmes.

Et ce port massif du voile islamique s’accompagne d’une idéologie et d’une religiosité de plus en plus impérative et oppressante. De fil en aiguille, cet ultra conservatisme religieux laisse fleurir les candidats au Jihad. Car comment différencier alors les prétendus musulmans « modérés » des « extrémistes » quand ces derniers partagent les mêmes codes idéologiques les rendant indistincts les uns des autres ?

Mais le plus « magnifique » sophisme de Clément Viktorovitch s’exprima lorsqu’il déclara avoir été « blessé » :

Je pense à toutes ces femmes voilées que je connais qui sont des républicaines

Avec cette phrase, Viktorovitch reprend le sophisme du « je connais des gens qui » (l’équivalent du « je ne suis pas raciste, j’ai un ami noir« ).

Non seulement nous n’avons aucune preuve de ce qu’avance Viktorovitch (s’il était au courant de toutes ces femmes voilées à qui on a retrouvé des tweets ou propos antisémites ou anti-israëliens sur leurs murs facebook comme Amena, Zakia Belkhiri, etc…), non seulement, s’il connaissait son sujet, il saurait d’après l’étude Montaigne que plus de 65% des musulmans interrogés étaient favorables au port du voile à l’école, 28% plaçaient ouvertement la charia au dessus de la république (autrement dit les autres pouvaient le penser mais pas le déclarer. Néanmoins, en exprimant être pour le voile à l’école, donc quelque part au voilement des jeunes filles, on peut douter de leur véritable estime vis-a-vis de la République) et seulement 18% étaient sécularisés.

Mais le truc avec la rhétorique (ou plutôt les sophismes), c’est qu’on peut les retourner contre leurs émetteurs. Nous pourrions lui dire à notre « Je connais plein de gens qui portent un T-shirt avec une croix gammée et qui sont très tolérantes ». Il serait bien embêté avec cela. Peut être qu’il répondrait que ce n’est pas pareil. Il aurait raison : le voile n’a pas le même sens que la croix gammée. En revanche, le voile tout comme la croix gammée porte un sens. Il est un symbole avec une signification. Peu importe la volonté ou la mentalité de celui qui porte le symbole. En le portant, il véhicule le message de ce symbole, il l’impose aux autres par la vue.

Et si les autres tolèrent la vue de ce symbole, ils tolèrent le message véhiculé. S’ils acceptent la vue de ce symbole, ils acceptent le message qui est véhiculé, au risque d’en adopter progressivement, à leur insu, des morceaux d’idéologie (jusqu’à dire « je préfère voir une femme en burkini que seins nus »).

Donc Clément Viktorovitch semble ignorer la signification du voile islamique, semble ignorer les attitudes exprimées par une grande partie des musulmans (dans les opinions et les actes), mais en plus, en accusant ainsi Zineb El Razoui de propos violents, sans réelle argumentation, il « participe » (façon de parler) à sa manière à la campagne organisée contre l’ancienne journaliste de Charlie Hebdo. Elle a reçu en effet de nombreuses menaces de mort, des insultes l’accusant de trahison envers l’Islam et les arabes et une plainte du CRI pour l’éternel motif d’islamophobie, le mot galvaudé employé pour tenter de faire taire toute critique envers l’Islam.

Nous espérons que Clément Viktorovitch prendra conscience des conséquences de ses propos, en plus de n’avoir pas su tenir un débat argumenté, s’enfonçant à la place dans une indignation à géométrie variable (qui joue le jeu dangereux de la victimisation des musulmans, laquelle fait le lit d’appels à des réponses violentes) et qu’il n’arrivera rien à Zineb El Razoui. Dans le cas contraire, il ne saura en être responsable légalement bien sûr, mais ses discours et ceux de cette bienpensance aveugle auront aux yeux des personnes lucides sur l’Islam une responsabilité morale.



Sources
(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2013/08/02/le-nazisme-des-intellectuels_3456984_3232.html

(2) http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/La-Suite-des-temps/Le-communisme-et-les-intellectuels-francais

(3) https://oumma.com/islamophobie-en-direct-sur-cnews-le-cri-porte-plainte-contre-zineb-el-rhazoui-et-dassier/

(4) https://francais.rt.com/france/30405-femmes-indesirables-dans-cafe-classe-politique-choque